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Domaine étranger Dernière équation

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Yves Le Gall

Sous une forme kaléidoscopique, le troisième roman de l’Américaine Lily Tuck aborde le thème délicat du deuil.

L’âme des civilisations se révèle sans doute par leur rapport spécifique à la mort. Dans ce domaine, nous ne faisons certainement que reproduire sous des formes désacralisées les rituels ancestraux. Même si elle ne se traduit plus en bruyantes lamentations, la veillée funèbre est toujours pratiquée mais avec un excès inverse de retenue et de sobriété. Les premières phrases du roman de Lily Tuck, l’auteur de Paraguay, témoignent de cette obligation de pudeur : « Sa main refroidit ; elle la tient quand même. Assise à son chevet elle ne pleure pas ».
Nina veille le corps de son mari défunt Philip et les souvenirs surgissent dans son esprit de façon aléatoire dans un chaos qu’elle ne peut maîtriser. Lily Tuck parvient à exprimer cet état de vide caractéristique du deuil et auquel Freud avait consacré ses premiers travaux. Vide qui ouvre la voie à une « effraction » du passé en dehors de tout effort de mémorisation. Le cerveau de Nina est envahi par un télescopage d’images, de paroles, d’événements faisant écran au manque avec lequel elle devra désormais vivre.
Philip, mathématicien, plein d’humour et de charme a l’art de trouver pour toute situation même la plus banale une application immédiate de la théorie mathématique. C’est drôle, déconcertant mais peut-être rébarbatif pour un lecteur qui serait allergique à ce domaine. Ses étudiants adorent Philip et Nina a été d’emblée séduite par son regard singulier sur le monde. « Il trouve des suites de nombres de Fibonacci partout : dans les pétales de fleurs, dans les pommes de pin, les fougères, les feuilles d’artichaut, les spirales des coquillages, dans les courbes des vagues ».
La vie avec Philip ressemble à un interminable cours de maths. Des nombres amiables inventés par Thabit Ibn Qurrah, à la correspondance entre Pascal et Fermat, jusqu’aux questionnements les plus contemporains. Cela participe du climat fascinant que dégage le roman de Lily Tuck qui est avant tout une histoire d’amour ; celle d’une femme qui « épouse » le rapport au monde, les intuitions d’un homme à la formation et à la sensibilité totalement différentes des siennes.
Ils sont américains mais vivent à Paris. Ils découvrent les plages normandes sous la pluie. Ils aiment les paysages bretons, leurs infinies nuances de vert et de bleu. Ils nagent, font de la voile au large de Belle-Île. Ils se plaisent à Paris, se promènent au jardin du Luxembourg, au parc Montsouris dont ils apprécient les variétés d’arbres. Autant de lieux de leurs échanges, de leur complicité…
Comme les scènes d’un rêve ou des dessins dans le sable ces souvenirs vont s’effacer. Nina réalise qu’il reste beaucoup de mystère dans sa relation avec Philip. Que lui a-t-il caché ? Elle-même l’a trompé avec un ami commun. Le roman de Lily Tuck est une vaste métaphore du temps qui passe, et des hasards qui déterminent nos existences. Faut-il voir le monde comme un vaste champ probabiliste semblable à celui de la physique des particules ?
L’univers mathématique, malgré ses beautés conceptuelles, n’offre pas de réponse à la douleur de la perte d’un être cher. Nina reste une artiste, et c’est en artiste qu’il lui faut exprimer son chagrin et son amour. Elle a fait quelques portraits de Philip mais ne s’imagine pas le peindre maintenant. Elle songe au tableau de Lucian Freud, qui avait peint sa mère sur son lit de mort « un portrait magnifique et serein d’une vieille dame ridée aux yeux clos ». Nina n’a pas la force pour une telle œuvre. Mais elle transfigure sous la plume de Lily Tuck sa douloureuse nuit de veille en un très bel hommage à l’homme qu’elle a aimé.

Yves Le Gall

La probabilité du bonheur,
de Lily Tuck
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrice Repusseau
Jacqueline Chambon, 239 pages, 21,80

Dernière équation Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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