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Poésie Nectar méditatif

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Emmanuelle Rodrigues

Inédites jusqu’à présent en France, les poésies de Gertrud Kolmar écrites entre 1927 et 1932 impressionnent par leur puissance.

Quand je l’aurai tout bu - Poésie 1927-1932

Dans son introduction, Alain Lercher rapporte que Gertrud Kolmar, dont la mère mourut en 1930 et les frères et sœurs émigrèrent, se retrouva seule à prendre soin de son père très âgé. Après la vente de l’appartement familial, tous deux sont acculés à devoir s’installer dans un logement collectif. Contrainte au travail forcé dans une usine berlinoise, Gertrud y est arrêtée le 27 février 1943. Peu après la déportation de son père à Theresienstadt, elle l’est à son tour dans le convoi dit « Osttransport » n°32, à destination d’Auschwitz. L’état-civil allemand établi en 1956 fait se correspondre la date du décès et celle de la déportation, le 2 mars 1943. À Berlin, où Gertrud vécut presque toute sa vie, une rue porte désormais son nom.
Née en 1894, dans une famille aisée de la bourgeoisie juive, Gertrud Kolmar obtint son diplôme de français et d’anglais, devint préceptrice, voyagea quelque temps en Allemagne et en France, puis revint vivre auprès de ses parents. En 1917, à l’instigation de son père, un premier recueil de poèmes parut, puis en 1934, les Blasons prussiens, et en 1938, La Femme et les animaux, dernière publication de son vivant, qui lui valut une critique élogieuse, la comparant à Else Lasker-Schüler. Ce diptyque, qui comprend Portrait de femme et Rêves de bêtes, présenté ici sous le titre, Quand je l’aurai tout bu, propose le premier volume d’une partie des œuvres écrites durant la dernière période de sa vie, de loin la plus créatrice. Dans une lettre à Walter Benjamin, son cousin, elle confiait : « Après une longue période de stérilité, je me suis remise à écrire des vers, quand je suis rentrée de Dijon, en 1927. » Écrit en 1930, son récit, La Mère juive, fut publié en 1965. Achevé en 1937, Mondes ne paraîtra que dix ans plus tard, et son dernier récit, Susanna, en 1959.
« Ce n’est pas difficile de traverser cette vie. / C’est sans doute difficile d’exister dans cette vie. » Ainsi commence L’Éducatrice, l’un des cinquante et un poèmes de Portrait de femme, constitué de quatre parties, intitulées chacune Espace (Raum). Il serait tentant d’y percevoir l’influence de Rilke. Gertrud Kolmar n’ignorait pas que le poète venu vivre à Paris s’était astreint à ce travail du regard, parcourant le Jardin des plantes en quête de ses Nouveaux poèmes. Ici, le cycle de portraits donne lieu à une métaphorisation du monde vivant, qu’il soit humain, animal ou végétal, et l’univers inanimé des choses, lui aussi convoqué, révèle sa part d’affect. Avec la même aisance, Gertrud Kolmar porte son attention vers ce qui lui est le plus familier, le plus proche et le plus lointain. Dialoguant sans cesse, passant du je au tu, elle se tient à l’écoute d’un « tintement qui ne peut se taire ». D’amples descriptions développent une « richesse animalière » comme l’indique Alain Lercher, « unique dans la poésie ». Pour Gertrud Kolmar, les animaux poétisent (dichten), leur existence est poème. Le Jour de la grande lamentation atteste de cette sacralisation du vivant : « la cour de justice des animaux suppliciés à mort / N’acquitta pas l’homme de ses meurtres. »
Ce dialogue entre soi et le monde qui instruit ce face-à-face, et ces sortes d’autoportraits procèdent-ils du songe, et du conte ? La Vieille fille, L’Aveugle, La Grand-mère, La Poupée, La Malade, et bien d’autres encore, parlent ainsi que La Songeuse : « Ce que je fus : une lumière de cire / Pour l’éveil au deuxième monde. » Dans La Sans-enfant, la protagoniste décrit ce qu’elle voit quand elle est « couchée » en elle-même. Précisément, l’inaperçu, mais aussi, l’à peine audible, « timide mélodie » devenue « chant léger ». La Négatrice à propos de celui qu’elle nie, tout en le cherchant : Dieu, dit-elle, « s’était agrégé à moi pour faire peau », et tomber « comme paupière sur chacun de mes yeux. »

Emmanuelle Rodrigues

Quand je l’aurai tout bu (Poésies : 1927-1932),
de Gertrud Kolmar
Traduit de l’allemand par Fernand Cambon,
introduction Alain Lercher
Circé, 320 p., 21,40

Nectar méditatif Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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