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Histoire littéraire Baleine

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Eric Naulleau

C’était un blanc sans lumière, un blanc gelé, entièrement refermé sur lui-même, tournant le dos à toute gloire, avec une résignation à peine pathétique, vraiment le blanc d’une baleine qui ne faisait pas d’histoires, qui fuyait l’éloquence et défiait terriblement les mots. » Bel autoportrait. Gadenne/Baleine, nouvelle occasion de découvrir un naufragé des lettres françaises, abandonné sur son île par la postérité. Baleine/Gadenne, Pierre et Odile se tiennent pour l’éternité devant la charogne géante échouée sur une plage du Pays Basque, l’occasion d’une décisive expérience mystique pour les deux amants : « Nous avions cru ne voir qu’une bête ensablée : nous contemplions une planète morte. » Le ciel bascule, les siècles entrent en collision, les œuvres se mélangent, rien ne sera plus comme avant : « Demain, sur cette lisière de sable, le soleil viendrait consommer la débâcle, et l’on verrait Yorick soupeser dans ses mains le crâne d’Horatio. Demain, Rogojine le marchand irait chercher le prince son rival, le conduirait chez lui, soulèverait des tentures – et l’aube allait trouver les deux hommes autour du cadavre de leur maîtresse, unis par un amour sublime et se bouchant le nez. » D’abord publiée en 1949 dans la revue Empédocle, cette nouvelle ne reparut que trois décennies plus tard chez un tout jeune éditeur. L’aventure d’Actes Sud débutait véritablement avec ce mince volume, on se prit à espérer que Paul Gadenne (1907-1956) trouve au passage sa juste place dans la littérature française, l’une des plus hautes, que cette quarantaine de pages contribue davantage à sa reconnaissance posthume que Les Hauts-Quartiers lancé quelques années auparavant par Le Seuil comme une première bouteille à la mer. L’auteur du Vent noir demeure hélas l’un des secrets les mieux gardés de nos bibliothèques, un écrivain que les vagues rejettent obstinément sur la grève : « Nous eûmes quelque peine à la reconnaître dans ce trait insignifiant qu’elle formait sur le sable maintenant à sec. Elle nous parut, cette fois, irrémédiablement seule. »

Éric Naulleau

Baleine, de Paul Gadenne
Actes Sud, « Les Inépuisables », 42 pages, 10

Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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