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Domaine français Identité recomposée

septembre 2015 | Le Matricule des Anges n°166 | par Thierry Guinhut

Peut-on impunément changer de corps ? Hubert Haddad met en scène un voyage aventureux entre médecine et amour.

Corps désirable

À mi-chemin des mythes de Frankenstein et de la tête de saint Jean-Baptiste, Hubert Haddad interroge les ressorts de la science-fiction et les questions d’éthique. Nous sommes sur les pas d’une médecine devenue folle ou qui a la sagesse de l’espoir.
Cédric Erg, alias Cédric Allyn-Weberson, a raccourci son nom prestigieux pour gagner un paisible anonymat. Fils d’un magnat de l’industrie pharmaceutique, il exerce ses talents dans le journalisme engagé de façon à dénoncer les manipulations de cette même industrie, responsable selon lui « de l’aliénation pathologique d’à peu près toute la population du globe avec la complicité plus ou moins crapuleuse des États et des services de santé publique ». Quand un malheureux accident – est-ce d’ailleurs un accident ? – le fracasse sur un bateau en mer Égée. Aussitôt, sur injonction paternelle, on décide de greffer sa tête intacte en un nouveau corps. Un demi-vivant et un demi-mort feront peut-être un seul homme, dans toute son intégrité génétique, intellectuelle et morale.
Au-delà des précautions scientifiques complexes lors de cette « première mondiale », du « tohu-bohu médiatique », où la satire pointe le bout son nez, le plus intense suspense s’anime dans l’esprit de Cédric. S’il n’a accepté que pour mieux mourir alors qu’il était « inhumé dans le tombeau d’un corps », il se demande désormais dans quelle mesure ce nouvel organisme va modifier son individualité, si le « syndrome des personnalités multiples » sévit en lui, quelle relation entamer avec son sexe, quel regard lui porte autrui : « Que restait-il de son libre arbitre ? ». D’autres imaginent de rajeunir ainsi, changer de sexe…
Bientôt le récit prend, au-delà de la dimension psychologique, une coloration de roman d’aventures, entre Paris et la Grèce, entre hôpital de Turin et forteresse médicalisée de Suisse, enfin jusqu’à la fuite haletante en Sicile, où la mafia offrira une ultime décapitation. De surcroît, le levier romanesque de l’amour, avec Lorna, amoureuse de son esprit, et excitée par son nouveau corps, puis avec Anantha, la veuve « carnassière » qui aime le corps qu’elle a retrouvé, jette de troublants reflets sur l’intrigue et sur la problématique de l’identité recomposée : « N’étant plus qu’une tête sur un étroit balcon d’os, comment s’identifier à l’autre, à son corps désirable ? » Ainsi, le roman philosophique de l’homme « hybride » se lit avec passion.
On saura gré à Hubert Haddad de ne pas sombrer dans le discours éthique moralisateur qui, dans la droite ligne de Mary Shelley, condamnerait le professeur Cadavera si bien nommé – un des « Prométhée modernes » – et vouerait aux gémonies une pratique scientifique anti-naturelle irrespectueuse de l’identité humaine. Même si la perspective d’une « traite des greffons » et la fin malheureuse peuvent passer pour délivrer une morale condamnant une telle hubris médicale, la porte est entrouverte pour considérer que la greffe de corps peut contribuer à l’allongement de la vie, voire au bonheur.
En une écriture fluide Hubert Haddad ne cesse de nous emporter vers un dénouement que nous devinons peut-être trop aisément : tragique est le destin de ce jeune « cobaye de luxe ». La richesse et la beauté du vocabulaire, aux images expressives et colorées (dans un escalier, « chaque marche à la dimension et l’aspect d’une vertèbre de cétacé  »), nous permettent de partager avec précision les inquiétudes, les émotions de son personnage. On ne s’étonnera pas de découvrir que notre auteur a consacré un essai à Julien Gracq. Il partage avec ce dernier un goût pour une langue plastique et néoclassique, voire post-romantique, quoiqu’en explorant des thématiques bien plus variées. Ici la science-fiction médicale aux perspectives inquiétantes et humanistes, ailleurs le Japon du Peintre d’éventail et de Mã, ailleurs encore les contrées de Palestine et d’Opium Poppy
Thierry Guinhut

Corps désirable
de Hubert Haddad
Zulma, 176 pages, 16,50

Identité recomposée Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°166 , septembre 2015.
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