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Poésie Le feu de la douleur

octobre 2015 | Le Matricule des Anges n°167 | par Emmanuelle Rodrigues

Un large choix de poèmes inédits, écrits de 1942 à 1967, révèle le puissant lyrisme d’Ingeborg Bachmann.

Toute personne qui tombe a des ailes

Un soir de l’automne 1973, alors qu’elle séjourne à Rome, Ingeborg Bachmann s’endort, une cigarette à la main. Grièvement blessée par les flammes qui ont embrasé son appartement, à peine âgée de 47 ans, elle décède à l’hôpital des suites de ses brûlures. Celle qui dans Le Poème au lecteur parle ainsi : « de ma lumière, de mon lustre, je veux te transpercer, lorsque le noir incendie, ton être mortel, se déclare en toi », laisse alors un nombre considérable de papiers et de manuscrits, fruit de la passion pour l’écriture qui depuis l’adolescence l’animait. Poèmes en vers, mais aussi en prose, romans laissés inachevés, Ingeborg Bachmann n’aura eu de cesse de repousser les frontières entre prose et poésie. Sa conception même de l’écriture résulte selon la traductrice, Françoise Rétif, d’une poétisation de la frontière, entendue comme ligne de partage, lieu de rencontre.
Originaire de Carinthie, région de l’Autriche située aux confins de la Slovénie et de l’Italie, Ingeborg Bachmann vient vivre dans la Vienne des années d’après-guerre, y soutient sa thèse de philosophie sur Heidegger et y fait la connaissance de Paul Celan, avec qui elle noue une relation amoureuse, appelée à devenir « un dialogue poétique ou poétologique, bilatéral ». Invitée par le Groupe 47, elle participe à ces réunions, où se confrontent écrivains et critiques de l’Allemagne de l’Ouest, et, en 1959, à Francfort, elle inaugure la chaire de poétologie créée pour elle. Lauréate de plusieurs prix, dont le prix Büchner en 1964 et en 1968, le Grand Prix national autrichien, elle aura surtout publié deux recueils de poésie, Le Temps en sursis en 1953 et Invocation de la Grande Ourse en 1956.
Sa vie durant, sans cesse animée par le désir d’expliciter ce qu’au fond écrire signifie pour elle, ce que cela implique d’engagement, et de responsabilité, Ingeborg Bachmann nourrit une obsession du langage, l’écriture étant pour elle une épreuve de vérité où elle se jauge à l’aune de ses ténèbres, de ses angoisses. Pas de délicatesses le formule bien de la sorte : « J’ai appris à prendre en considération / les mots / qui sont là (…)/ Faim / Infamie / Larmes / et / Ténèbres. » Tourmentée pleinement dans un dialogue de soi à soi, mais dénonçant aussi ce dont son époque débat plus ou moins ouvertement, notamment, le passé national-socialiste, et la Shoah, Ingeborg Bachmann est donc hantée par une exigence de clarté et de vérité. Vous, les mots, dédié à Nelly Sachs, énonce impérativement : « Vous, les mots, allons, suivez-moi !, / et quand bien même nous serions plus loin, trop loin allés, nous irons plus loin /encore, jamais vers une fin. » Cette fois, adressé à Anna Akhmatova, En vérité affirme encore : « Faire qu’une seule phrase soit tenable, / la maintenir dans le tintamarre des mots. » L’axe central de sa poésie tient à ce souci de faire entendre une note lyrique qui n’altère pas « le gémissement de l’herbe du monde ». Ainsi, en quelques années à peine, cette œuvre témoigne du temps de l’histoire tout autant que d’une quête de soi. Obscurité et lumière y auront été sans cesse mues par une soif infinie d’espoir.
Emmanuelle Rodrigues

TOUTE PERSONNE QUI TOMBE A DES AILES
d’Ingeborg Bachmann
Édition bilingue, introduction et traduction
de l’allemand (Autriche) par Françoise Rétif
Poésie/Gallimard, 594 pages, 13,50

Le feu de la douleur Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°167 , octobre 2015.
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