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Histoire littéraire Les objets d’une histoire

novembre 2015 | Le Matricule des Anges n°168 | par Éric Dussert

Petit musée d’histoire littéraire (1900-1950)

En 1965, Georges Perec publiait Les Choses. Cinquante ans plus tard, deux universitaires proposent un imaginatif petit dictionnaire d’histoire littéraire « orienté objets ». Et pourquoi pas ? Les écoles ont lassé, les cénacles bouclent, les courants coulent de source, les problématiques ronronnent, les grands auteurs sont vannés, les énergumènes ont fini par se montrer banals et les marginaux n’en finissent pas d’envahir une autre forme de néant. Il s’agit de reprendre tout cela autrement : l’avantage d’une histoire littéraire basée sur les objets, ces cristallisations de l’activité humaine, étant manifestement qu’elle n’a pas été archi-rebattue par toutes les sorbonnes du monde et qu’il reste à s’émerveiller des occurrences et des croisements que l’esprit humain peut mener sans férir. On nous dira qu’il serait possible aussi d’en faire autant avec les prénoms. Mais qui se souvient des prénoms de Bouvard (François, Denys, Bartholomée) et de Pécuchet (Juste, Romain, Cyrille) ?
Tout l’esprit belge, coruscant, roboratif et inventif cristallise dans ce livre illustré en noir et blanc : c’est bien le début du XXe siècle qui est passé au crible, année par année – une organisation millésimée parfois sans intérêt voire anachronique – offrant de présenter aux lecteurs une vitrine du premier XXe siècle : 1937 le tract, 1917 les toilettes (on aurait juré que c’était la salle de réunion publique), 1904 le corset, 1905 le colt, etc. C’est le Bazar de l’Hôtel-de-ville, ou quelque chose d’approchant, en plusieurs langues (traduites) et par plusieurs chercheurs qui offrent un osso buco sensationnel de la littérature vue par un bout inédit, et c’est parfait.
Vitrines, Mannequins, Mouchoir, Masque à Gaz, etc. un demi-siècle d’inspiration par l’objet s’étale sous nos yeux, apportant ici des souvenirs de lecture, rapportant là des informations nouvelles sur telle œuvre qui avait échappé aux lecteurs. Dans le plaisir infini de ce carottage sans précédent de l’histoire de la littérature, on se perd chez Dada, chez Desnos, chez Aragon dont le présent ouvrage repique le fameux « Projet d’histoire littéraire », une anticipation avortée de la mythologie de Roland Barthes.
Inédite, terriblement « moderne », cette histoire par le petit bout des lorgnettes finit par laisser déceler par où elle pèche : il est difficile de faire riche, informatif et complet dans le cadre d’un article, en particulier si l’on se raccroche à une spécialisation antérieure à l’établissement du sommaire. Ainsi, l’article « bleu de travail » (pour 1938), par exemple, ne concerne jamais les prolétariens francophones et c’est bougrement gênant – même si la guerre d’Espagne n’est pas rien. L’article « Revues » n’évoque rien qui ne soit consubstantiel à la revue (de toute époque, XIXe inclus), et « le colt » n’a pas plus de réalité « littéraire » que le pistolet ou le Smith & Wesson qui vivaient beaucoup plus dans le cadre nocturne des rues, de l’esthétique surréaliste (Mandiargues, Cartier-Bresson) ou des réalités du front. Bref, la cigarette à bout doré attend son article et les animatrices de ce premier volume sont sommées – un « petit bleu » sera-t-il utile ? – de poursuivre leur riche somme entrouverte.
Éric Dussert

Petit MusÉe d’histoire littéraire, 1900-1950
de Nadja Cohen & Anne Reverseau
Les Impressions nouvelles, 304 pages, 20

Les objets d’une histoire Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°168 , novembre 2015.
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