La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Ceci n’est pas le carnet lambert

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Eric Bonnargent

Poète et plasticien, Pierre Escot a travaillé une dizaine d’années sur ce livre singulier, résolument hypnotique.

Qu’est-ce donc que le Carnet Lambert ? Comme l’écrit Pierre Escot, « le Carnet Lambert n’est pas un camion à pizza », ni « un homme dans l’espace » et « n’a rien à voir avec une fourchette ». Tout ce qu’on peut dire du Carnet de Lambert, c’est qu’il est le Carnet Lambert. La tautologie est indépassable. Comme Planning, récemment réédité aux éditions PPT, Le Carnet Lambert est un livre inclassable qui place ainsi le lecteur dans une situation aussi inconfortable que stimulante. Au niveau formel, il n’est effectivement ni un poème, ni un récit. Peut-être même n’est-il qu’un simple roman policier, puisque c’est bien de cette manière qu’il commence. Un homme, une sorte de clochard beckettien en pleine déliquescence physique, enquête (« Je suis devenu errant, ma peau tombe, ma vue s’amenuise, mon souffle est difficile, mes mains tremblent ») au sujet du mystérieux Carnet Lambert dont lui-même ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il « se passait de mains en mains », « d’une génération à une autre », s’enrichissant sans cesse au fil des âges. La méfiance est de mise car seul l’original a de la valeur : « Il y avait plusieurs Carnet Lambert mais un seul était l’unique, les autres devinrent des copies plus ou moins bien reproduites. » Ceux qu’il interroge n’osent lui répondre et se détournent. Le Carnet Lambert a pourtant une telle dimension mythique que « chacun aurait voulu que le Carnet Lambert devienne un homme ». Ce Carnet provoque un tel pouvoir d’attraction que notre détective en voie de décomposition est lui-même englouti par le Carnet Lambert, ne ressurgissant que de temps en temps, de façon sporadique et désespérée, à la manière de la main d’un noyer crevant une dernière fois la surface des mots avant de disparaître complètement.
Car ce sont bien les mots qui se substituent à l’histoire. La scansion de slogans sociaux, moraux, économiques… fait exploser la linéarité aléatoire du récit. La syntaxe déraille parfois et le Carnet Lambert devient un jeu, le lecteur devant replacer les mots dans l’ordre qu’il désire. Les « il faut » et autres « on doit » rythment un texte qui tout en devenant une sorte de symphonie métaphysique, parfois drôle, parfois grinçante, prend la forme d’un labyrinthe sans aucune issue. Les listes succèdent aux modes d’emploi, les digressions existentielles aux réflexions philosophiques, etc. Peu à peu, des indices apparaissent sur la nature du Carnet Lambert. Sans doute est-il une sorte de nouvel évangile dont les auteurs appartiendraient à un conseil d’administration : « Nous longeons les centres commerciaux. Nous campons dans les zones industrielles. Nous fournissons des prête-noms. Nous organisons des quêtes. Nous changeons d’ennemis suivant les circonstances. » Le monde est vidé de son humanité et les hommes ne sont plus que des consommateurs que le Carnet Lambert veut convertir à sa gloire : « Nous convaincrons les égarés » car « nos futurs consommateurs sont des fantômes tant qu’ils ne sont pas nos consommateurs. » Cet aspect sociologique culmine en une hilarante métaphysique de l’emballage que l’on peut résumer ainsi : « Un emballage réussi est un emballage nécessaire », « un emballage parfait est un emballage qui ne se voit plus », « chercher l’emballage est la raison d’être du consommateur ».
En refermant ce livre, le lecteur saura-t-il ce qu’est le Carnet Lambert ? Probablement pas, le Carnet Lambert n’étant que ce qu’en fera chaque lecteur. Chez Pierre Escot le langage a sa propre autonomie et ne se réfère au réel que par accident, que par échos. La poétique de Pierre Escot est une axiomatique dont la cohérence est basée sur la musicalité, le rythme. On finit alors par se demander si le Carnet Lambert n’est pas une partition…
Éric Bonnargent

LE CARNET LAMBERT
DE PIERRE ESCOT
Art&Fiction, 104 pages, 18

Ceci n’est pas le carnet lambert Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
LMDA papier n°169
6.50 €
LMDA PDF n°169
4.00 €