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Domaine étranger Réparer les vivants

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Julie Coutu

Un célèbre fait divers, repris par l’Américaine Jayne Anne Phillips, donne un roman étrange et troublant.

Tous les vivants : crime de Quiet Dell

L’Amérique des années 30, les plaines du Midwest, Chicago et ses banlieues, la Virginie-Occidentale. Voilà pour le cadre de ce roman de Jayne Anne Phillips, basé sur un fait divers réel et sordide, l’affaire d’un Barbe Bleue tueur de femmes trop seules. Quand elle comprend qu’elle ne peut plus garder son domicile de Park Ridge, Asta Eicher écrit à l’American Friendship Society et publie la demande d’une « correspondance pouvant conduire à une amitié sincère et fidèle, puis au mariage ». Parmi les réponses, certains qui cherchent « une mère pour leurs enfants », d’autres « une dame de compagnie ». Et Cornelius, un « être exceptionnel », sa possible âme sœur. Lui qui va l’enlever et la tuer, avant de revenir chercher ses trois enfants pour leur faire subir le même sort.
C’est la mère de Jayne Anne Phillips qui lui a la première raconté cette histoire des morts de Quiet Dell. Elle se souvenait du lieu du crime, « une route de campagne sous un soleil brûlant, avec à perte de vue des voitures garées sur les bas-côtés, et des gens qui emportaient un à un des morceaux entiers du garage comme souvenirs ». L’histoire a longtemps obsédé l’auteure ; elle la transforme ici en roman, étayé par son lot de photos d’époque, de coupures de presse, de transcriptions de l’audience, un roman basé sur des faits réels mais dont la narration passe par un personnage imaginaire, la journaliste Emily Thornhill, « femme moderne vivant de son travail », envoyée spéciale pour couvrir l’affaire qui s’immerge dans le drame, fascinée notamment par la personnalité des enfants disparus.
Le texte débute par une veillée de Noël sous la neige, une pièce de théâtre familiale jouée au salon, une promenade en luge. Un portrait quasi idyllique. Quelques mois plus tard, Cornelius arrive, tout s’achève dans la cave d’une maison perdue de Virginie-Occidentale. Hart, Grethe et Annabel, petite fille aux doux rêves, sont tués et enterrés aux côtés de leur mère. C’est la rapacité du tueur, revenu fouiller leur domicile, qui permet à la police de l’arrêter. Jayne Anne Phillips fait revivre les jours heureux de la famille Eicher avec juste ce qu’il faut de magie pour que le drame annoncé submerge le lecteur d’une trombe glaciale.
La seconde partie du récit, la plus longue, est consacrée à l’enquête et au déroulement du procès, vu par la lorgnette d’Emily Thornhill. Un personnage improbable que cette trentenaire libérée, journaliste d’investigation, qui fait jeu égal avec des enquêteurs machistes, attire les confidences, même les plus intimes, s’apitoie sur un chien muet dont elle fait une mascotte, recueille puis adopte un gamin des rues pris la main dans son sac, et séduit le banquier de la famille Eicher. On ne croit pas à ce personnage ; c’est peut-être l’effet recherché. Face à son innocence et sa gentillesse naïve, la figure de Power/Cornelius, Harm Drench de son vrai nom, gagne en profondeur et en noirceur. L’enquête d’Emily répond aux questions du lecteur : visite en prison, recherche de la famille, entretien avec sa femme. Harm Drench sera condamné et pendu.
Le malaise croît en même temps que le trouble et l’horreur chez la journaliste. L’ambiance est étouffante, anxiogène. Jayne Anne Phillips produit un roman hybride, maladroit ou caricatural par moments, quand d’un seul regard la journaliste séduit le banquier, quand l’enfant des rues devient orphelin au grand cœur, le photographe homosexuel un viril protecteur. Sans parler des visions d’une petite Annabel devenue fantôme. Mais ces outrances contribuent à donner comme un air du temps, un parfum de désuétude en accord avec les photos d’archives, avec l’esprit qu’on veut bien donner à une époque disparue. De la nostalgie malgré l’horreur. La temporalité juste pour faire revivre la famille Eicher par-delà les années.
Julie Coutu

Tous les vivants de Jayne Anne Phillips
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc
Amfreville, L’Olivier, 538 pages, 23,50

Réparer les vivants Par Julie Coutu
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
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