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Domaine français Patagonie blues

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Lionel Destremau

Avec son quatrième roman, Sandrine Collette nous livre un superbe western noir.

Il reste la poussière

Si l’on peut reconnaître une première qualité à Sandrine Collette, c’est bien celle d’avoir l’art de ne pas se répéter de roman en roman, usant de lieux et de situations très variés. Le premier, Des nœuds d’acier, un roman campagnard tout d’obscurité et de violence, avait été très remarqué en recevant notamment le Grand prix de littérature policière. Les deux suivants nous amenaient, pour l’un, en Champagne au moment des vendanges, pour l’autre dans une périlleuse ascension au cœur de montagnes enneigées. Nouveau changement de décor avec ce quatrième opus, direction la Patagonie, ses plaines semi-désertiques à perte de vue. L’Argentine du début du siècle est une période charnière, pendant laquelle les petits paysans commencèrent à disparaître, au profit de gigantesques propriétés pratiquant l’élevage intensif. Un monde est donc en train de mourir, un autre en train de naître, et la transition se fait rarement avec douceur…
De fait, nous allons partager la vie d’une petite estancia misérable où une famille tente de survivre, incapable d’envisager un autre avenir que de vieillir et mourir là, au milieu de la poussière, agressée par le vent permanent, l’odeur âcre des bêtes. Et cette famille ne tient debout que sous la férule autoritaire, cruelle même, d’une sorte de capitaine Achab en pleine tempête, une mère tyrannique, alcoolique, qui mène ses quatre enfants à la baguette. Eux ne l’appellent par aucun nom, tout juste disent-ils « la mère », ou seulement « elle ». Il y a d’abord les jumeaux, Mauro et Joaquim, bien décidés à faire valoir leur qualité de premiers-nés, de petits chefs en puissance, bourrus, violents, sournois envers leurs cadets. Le troisième, Esteban, a vite compris qu’il ne gagnerait rien à vouloir s’opposer à ses aînés, il garde donc le silence le plus souvent. Et puis, s’il est silencieux, c’est aussi qu’il bégaie dès qu’il ouvre la bouche, alors à quoi bon ? Enfin, le petit dernier, Rafael, né quelques mois aussi après la soudaine disparition du père de famille qu’on n’a plus jamais revu. Il est forcément plus petit, et ses frères ne vont pas se gêner pour le tyranniser et s’en servir de souffre-douleur… Rafael n’était pas désiré, la mère ne l’attendait pas, comme tous ses enfants du reste que, dit-elle, « elle aurait dû noyer à la naissance, comme on le réserve aux chatons dont on ne veut pas ». Mais ils sont là, alors autant qu’ils servent à quelque chose : berger, garçon vacher, paysan, ils seront employés à tout, tout le temps, au fil de journées de travail épuisantes. Au détour d’une confidence, on en apprendra un peu plus sur le mystère du père évanoui dans la nature, on assistera à l’endurcissement de Rafael dans sa lutte avec ses frères, et on ne s’étonnera presque plus qu’un soir, à moitié saoule, la mère finisse par perdre son fils Joachin lors d’une partie de poker, ni qu’insidieusement, de petits événements en drames quotidiens, tout finisse par éclater.
Sandrine Collette construit un roman à plusieurs voix, où chaque protagoniste prend la parole de chapitre en chapitre, ce qui permet d’ouvrir de nouvelles fenêtres intérieures sur chaque personnage, de varier les points de vue, de faire progresser l’action lentement mais sûrement. Ne cherchez pas le thriller dans ces pages, ni une enquête rondement menée. On est ici au pays du grand roman noir, saupoudré d’un brin de nature writing, pour livrer un véritable western crépusculaire. Le tour de force consiste à nous immerger dans un paradoxe, à savoir la mise en place d’un huis clos étouffant, oppressant, dans le cadre à l’opposé complètement ouvert des grands espaces, servi par une écriture maîtrisant les descriptions (les paysages, le monde animal en particulier, sont finement rendus), des dialogues économes et, malgré la brutalité et la pesanteur ambiantes, laissant une petite lueur d’espoir, de goût de liberté, voire de grâce, qui troue çà et là un bout de ciel gris.
Lionel Destremau

Il reste la poussière
de Sandrine Collette
Denoël, « Sueurs froides », 300 pages, 19,90

Patagonie blues Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
LMDA papier n°171 - 6.50 €
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