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Théâtre Regards croisés

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Patrick Gay Bellile

Retour sur la guerre du Kosovo – et ses fractures. Entre racisme ordinaire et pulsion de vie.

La Maison d’Europe et d’Orient est un centre culturel résolument tourné vers l’idée européenne. Elle se présente elle-même comme « une scène non conventionnée par le ministère de la Culture de la République française ni pour les écritures contemporaines ni pour la diversité linguistique ». Elle regroupe aujourd’hui à Paris une librairie, un centre de ressources, une compagnie théâtrale, un espace culturel et une maison d’édition, L’Espace d’un Instant. Celle-ci propose un important travail de traduction de textes écrits dans des langues peu répandues, à travers son réseau européen de traduction théâtrale. Ces jours-ci paraît Patriotic Hypermarket, un texte écrit à quatre mains par un Kosovar et une Serbe. Il y est question du Kosovo, cette petite république indépendante qui n’est reconnue ni par les Nations Unies ni par l’Union européenne et qui tente de reconstruire son pays sur des ruines. Dans le prolongement de la guerre en ex-Yougoslavie, le Kosovo a vécu des conflits inter-ethniques pendant les années 1989-1999 et n’a pas depuis réglé les problèmes de cohabitations entre deux communautés qui considèrent qu’elles sont ici chez elles. Les Albanais parce qu’ils y sont très majoritaires, les Serbes parce qu’historiquement, pour eux, le Kosovo est le berceau de la nation serbe.
La pièce commence dans l’hypermarché patriotique-filiale kosovare aux devises explicites : « Pour l’amour de la patrie, pas besoin de publicité » et « Nous spéculons sur ce qui n’a pas de prix ! » Il propose en rayons tous les articles nécessaires à l’exacerbation des nationalismes : souveraineté territoriale, charniers, drapeaux, territoire, terrorisme, guide pratique d’épuration ethnique, armes chimiques, chips, coca-cola, etc. En 27 tableaux tour à tour percutants, drôles, acides ou glaçants, les auteurs déclinent les clichés, les a priori, les rumeurs, les on-dit qui traversent deux communautés en guerre. Mais aussi l’horreur et les exactions dont se sont rendus coupables les deux camps. Avec des scènes très dures, souvent sous forme de monologues, comme ce récit d’un massacre fait d’une seule traite, sans ponctuation, « très vite, d’une voix monocorde » comme pour s’en débarrasser, avec des échappées fantastiques comme ces scènes se déroulant dans une famille de papillons, avec des histoires infiniment touchantes comme celle de Meca, un jeune Albanais qui découvre qu’être un šiptar (terme péjoratif serbe pour désigner les Albanais) vous ferme toutes les portes, avec ce retour régulier au Livre d’Or de l’hypermarché et ses slogans commerciaux, « les témoignages de nos heureux clients sont notre meilleure carte de visite ». Le racisme y apparaît sous son jour le plus quotidien. Comme un rejet de l’autre, celui qui appartient à une autre communauté et dont l’histoire, indéfiniment racontée, entretient la méfiance.
Le texte, d’une très grande richesse à la fois par les thèmes abordés et par les différents styles d’écriture, a été élaboré à partir d’une enquête réalisée en 2010 par des journalistes auprès des habitants du Kosovo. Il est d’une actualité féroce quand on regarde ce qui se passe aujourd’hui en Europe. Mais il n’est nullement désespéré. Et l’humour dont font preuve les deux auteurs révèle au contraire une énergie vitale qui fait que l’on sort plutôt joyeux du texte, plutôt confiant. Les dernières scènes mettent en parallèle une jeunesse qui veut passer à autre chose, et les dernières phrases des négociateurs serbo-albanais qui en 2027 concluent leur rencontre : « LE DÉLÉGUÉ KOSOVAR : Il faut qu’on parle. LE DÉLÉGUÉ SERBE : Il faut qu’on parle ». L’espoir est donc permis.
Patrick Gay-Bellile

PATRIOTIC HYPERMARKET
de Milena Bogavac & Jeton Neziraj
Traduit de l’albanais et du serbe par Karine
Samardžija avec la collaboration d’Arben
Bajraktaraj, L’Espace d’un Instant, 96 p., 15

Regards croisés Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
LMDA papier n°171
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