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Histoire littéraire De vraies richesses

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Éric Dussert

Ami d’Albert Camus, l’éditeur Edmond Charlot a représenté seul les lettres françaises pendant plusieurs années. Hommage.

Edmond Charlot : Catalogue raisonné d’un éditeur méditerranéen

Dans Noces à Tipasa, Albert Camus écrivait ceci à propos des habitants d’Algérie : « Ce peuple tout entier jeté dans son présent vit sans mythes, sans consolation. Il a mis tous ses biens sur cette terre et reste dès lors sans défense contre la mort. Les dons de la beauté physique lui ont été prodigués. Et avec eux, la singulière avidité qui accompagne toujours cette richesse sans avenir. » Plus qu’aucun autre, l’éditeur de ce livre de 1939 aura lutté pour porter ces récits fondateurs et apporter la consolation que Camus regrette de n’avoir pas trouvés en terre africaine. Voilà ce qu’Edmond Charlot, Algérois né le 15 février 1915, souhaitait proposer lorsqu’à 21 ans il ouvrait sa librairie « Les Vraies Richesses ». Les intellectuels d’Algérie y sont tous passés, les peintres y ont tous exposé et une foule d’excellents livres y ont paru. Dès l’année suivante, 1937, il publie le premier de son ami de lycée Albert Camus, Révolte dans les Asturies, puis dans la foulée René-Jean Clot (L’Annonciation à la licorne) et Jean Giono (Rondeurs des jours), prémices de quarante ans d’édition durant lesquelles, Edmond Charlot incarna un pan étincelant de notre culture en liant littérature, liberté et Méditerranée.
Un magnifique catalogue commenté de son travail vient de paraître à l’occasion de son centenaire et le met à sa juste place : sans lui, la littérature française se serait tue jusqu’en 1945. Devenu avec l’arrivée en Afrique des alliés l’éditeur principal d’Alger, capitale de la France libre, il publia toutes les stars de l’époque trop heureuses de trouver à se faire imprimer quand Paris grouillait de collabos et d’éditeurs marron. Edmond Charlot s’est souvenu des méthodes inouïes de cette époque troublée : « Certains de mes livres ont été brochés avec du fil métallique parce qu’on n’avait plus de fil pour les coudre. On n’avait pas de papier. On faisait fabriquer, avec les résidus qu’on trouvait, du papier qui ressemblait au papier d’emballage des bouchers de l’époque (…). On tentait de faire de l’encre d’imprimerie avec du noir de fumée (…) si nous mettions deux mille livres sur le marché, ils étaient absorbés tout de suite, mais on n’avait pas de papier pour réimprimer ».
La paix revenue, Charlot a du mal à se maintenir à Paris où il a été appelé. Les grands noms de son catalogue ont retrouvé le confort molletonné des « grandes maisons » et, contrairement au Marseillais Robert Laffont, il doit lâcher prise et retourner à Alger où l’OAS fait sauter à deux reprises sa librairie pendant la guerre d’Algérie… N’empêche, les revues Rivages (1938) et L’Arche (1944), c’est lui, Jean Amrouche aussi, les livres de Camus, Jean Grenier (qui fut leur professeur) en partie aussi, quelques Gide, Lawrence, Frédéric Jacques Temple, Pascal Vitali (Les Mains pleines), Claudine Chonez, Albert Cossery, Éric de Haulleville, David Garnett, Emmanuel Roblès, André de Richaud, Gertrude Stein, on en passe. Et se souvient-on que c’est en 1948 qu’Edmond Charlot fit imprimer sa « prière d’insérer » destinée aux journalistes sur la couverture des Hauteurs de la ville (prix Femina) de Roblès ? Il venait d’inventer la quatrième de couverture à la française.
Éric Dussert

Edmond Charlot : catalogue raisonné d’un Éditeur méditerranéen
de François Bogliolo, Jean-Charles Domens
et Marie-Cécile Vène, Domens, 431 pages, 44 e

De vraies richesses Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
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