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Arts et lettres Peintre et légionnaire

mai 2016 | Le Matricule des Anges n°173 | par Richard Blin

Hans Hartung aura connu un parcours très influencé par son implication dans le second conflit mondial. Ou comment faire de l’espace, de la couleur, un art de l’action.

Beau geste : Hans Hartung, peintre et légionnaire

Inventeur de la peinture gestuelle dès les années 1920, celle du geste fait art, Hans Hartung, né en 1904 à Leipzig, fut un artiste de l’engagement, un homme qui ne cessa de remettre en jeu sa relation au réel à partir de la force de sa volonté. Et il lui en fallut. D’abord pour affronter la condamnation par le nazisme de l’art abstrait, qualifié, comme d’autres mouvements modernistes, d’art « soit de fous, soit de criminels dont les auteurs devaient être traités en conséquence ». Abandonnant l’Allemagne, il séjourne à Paris et en Norvège, le pays d’Anna-Eva Bergman, son épouse. Ensemble, ils font bâtir à Minorque, aux Baléares, sur les hauteurs dominant la mer, une maison à l’architecture très moderne, mais leurs voisins, sachant Hartung allemand, voient en elle une « forteresse » ennemie, et dans les dessins abstraits de l’artiste, de pernicieux plans d’invasion. Ils doivent l’abandonner.
Quand, en 1939, la guerre éclate, Hans Hartung, qui est en France, se voit, en tant qu’allemand, suspecté d’être un sympathisant du pays ennemi. Banni par le Reich, qui lui a retiré son passeport, il se retrouve sans papier et apatride. C’est alors qu’il s’engage dans la Légion étrangère puisqu’en tant qu’allemand il ne peut combattre dans l’armée française. Il a 35 ans, est envoyé en Afrique du Nord et doit supporter un entraînement particulièrement rude. Avec l’armistice de juin 1940, il est démobilisé avant d’être derechef entraîné dans la tourmente, suite à l’invasion de la Zone libre. S’engageant à nouveau, il connaîtra le feu. Le 20 novembre 1944, il est touché à un genou lors d’un brancardage en première ligne. Mal soigné, il devra subir une double amputation, au-dessous, puis au-dessus du genou. Réformé, il sera naturalisé français en 1946.
C’est dire combien Hans Hartung dut installer son art et sa vie dans un contexte extraordinairement hostile. Absence d’atelier fixe, peu ou pas d’argent, déplacements incessants, insécurité, il aura tout connu mais ne regretta jamais rien. C’est en toute conscience qu’il préféra la Légion à l’asile new-yorkais, et paya du prix du sang l’attachement qu’il portait à la France. Ce qui ne l’empêchait pas d’ironiser sur « ces grands types qui criaient et qui faisaient de grands discours [dans les meetings antifascistes] – ces surréalistes et compagnies » dont il disait n’avoir pas vu un seul qui soit allé au front.
C’est autour de son engagement, et de ses conséquences que s’articule ce livre-catalogue conçu pour accompagner la double exposition d’Aubagne (du 16 avril au 28 août 2016). Grâce à la reproduction de dessins, d’huiles sur toile et d’encres sur papier, on prend la mesure de la qualité des œuvres. Ne cessant d’expérimenter et de réinventer ses procédés techniques, Hartung finira par mettre au point une procédure de travail consistant à employer divers outils destinés à gratter, racler, rayer, crépir… afin de pouvoir, en même temps, charger la toile en peinture et la graver. Et ce, avec une énergie et une vitalité qui va culminer dans le lâcher-tout des dernières œuvres. Très diminué physiquement, il peint alors à distance, par projection à l’aide de pulvérisateurs de jardin – ce qui suppose une grande maîtrise du geste et du temps. S’entourant d’un rituel bien précis – il lui faut du vin et de la musique, toujours la même, les Variations Goldberg, de Bach, jouées par Glenn Gould et diffusée à pleine puissance – il peint le plaisir de peindre, combinant l’entrelacs – cette façon typique qu’il a de dessiner en peignant – à l’inscription, par zones, de la couleur sur la toile. Un plaisir de peindre qui est plaisir de vivre, et pure jubilation. Lors de la seule année 1989, celle de sa mort, le 7 décembre, il aura réalisé 361 toiles.
Richard Blin

BEAU GESTE : HANS HARTUNG, PEINTRE ET LÉGIONNAIRE, sous la direction de Fabrice Hergott, avec des textes de Pierre Assouline, Laurence Bertrand Dorléac, Alexis Neviaski et Pierre Wat, Gallimard, 160 pages, 120 ill., 29

Peintre et légionnaire Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°173 , mai 2016.
LMDA papier n°173
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