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juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Lionel Destremau

Gravesend, le quartier des rêves perdus. Un roman magnétique, de William Boyle, superbe hommage à la collection Rivages/Noir.

La collection Rivages/Noir fête ses trente années de bons et loyaux services dans la publication de bien des grands noms du roman noir, en particulier anglo-saxons (de Jim Thompson à David Peace). Mais pour cet anniversaire, et la parution d’un numéro 1000, le choix de François Guérif, directeur historique de la collection, ne s’est pas porté sur une valeur sûre, un opus d’Ellroy ou de Westlake, non, il a choisi la découverte, avec un premier roman de William Boyle. Reste que si Boyle revendique lui-même les influences de Larry Brown, Charles Willeford ou Flannery O’Connor, il livre avec Gravesend un roman noir d’atmosphère qui n’est pas sans produire certains échos avec des titres de Dennis Lehane, et s’inscrit pleinement dans l’esprit de la collection.
Gravesend, c’est un quartier au sud de Brooklyn, à proximité de Brighton Beach, où se mêlent des populations juives, portoricaines et italiennes. Ici vivent des petits commerçants, des ouvriers, des employés, des chômeurs aussi, et toute une frange de population qui survit de multiples petits boulots. C’est un monde gris, où les enfants se baladent dans des rues sales aux maisons décrépites, où les parents boivent du gin de mauvaise qualité dans des bars de troisième zone, où chacun bricole avec ce qu’il trouve, où tout le monde se connaît aussi. Un univers médiocre, sans horizon, que l’on rêve de quitter sans pour autant jamais dépasser la frontière de la rocade… C’est sur cette rocade, justement, qu’est mort Duncan d’Innocenzio, renversé par une voiture voilà seize ans. Duncan était un jeune homosexuel qui s’est fait tabasser par la bande de petits voyous de Ray Boy Calabrese. En prenant la fuite, il s’est précité sur la route. Accusé de violence et homicide involontaire, Ray Boy a passé ces seize années en prison. Quand il en sort, Conway d’Innocenzio, frère de Duncan, se croit prêt à le recevoir comme il se doit. Il a rêvé toutes les scènes possibles, il a acquis un flingue, même s’il est incapable de toucher une cible à vingt pas, il veut entendre Ray Boy le supplier, il veut le rabaisser comme son frère a été humilié et battu. Mais rien ne se passe comme prévu. Ray Boy a été brisé par la taule et n’attend qu’une chose, que Conway trouve le courage de le flinguer : « T’es pas un tueur. OK. Dis-toi que t’en es un. Rien qu’une minute. Trente secondes. Même pas. C’est tout ce qu’y faut. Dis-toi que t’en es capable. » Dans le même temps, on découvre d’autres protagonistes, d’autres habitants du quartier. Stéphanie, la vieille fille, bien gentille et au physique un peu disgracieux, qui mène toujours « la vie d’une gamine de 14 ans  ». Alessandra qui a accompli le rêve de tous, quitter Brooklyn pour Los Angeles ; elle espérait devenir actrice, elle n’a fait, au mieux, que de la figuration, a vivoté, et revient auprès de son père. Eugène, 15 ans à peine, neveu de Ray Boy, qui prétend que sa jambe folle est le résultat d’une fusillade (bien que cela provienne d’une déformation de la hanche), animé d’une colère sourde, persuadé de devenir le nouveau caïd du quartier : «  Il détestait avec ses yeux, avec sa bouche, avec chacun de ses gestes, essayant de transformer sa démarche de boiteux en balancement de gangster trop cool. »
Et puis les familles des uns et des autres, tous plus ou moins désabusés : le père d’Alessandra qui ne se remet pas du décès de sa femme emportée par un cancer ; Pop, celui de Conway, qui s’est enfermé chez lui et n’en sort quasiment jamais depuis la disparition de Duncan ; la mère de Stéphanie, qui commence à devenir folle ; ou celle d’Eugène qui investit tout son argent dans une école catholique espérant éviter à son fils d’entrer dans un gang, en vain…
Tout ce petit monde se croise, se heurte, se blesse, amis et ennemis, regrets d’enfance et présent miteux. Conway le couard, qui ne parvient pas à accomplir sa vengeance ; Ray Boy l’icône de la rue, aujourd’hui déchue, en quête de rédemption ; Alessandra qui ne comprend pas pourquoi elle est revenue se perdre dans ce trou ; Eugene sur la corde raide, prêt à tout… Un microcosme de frustrations et d’échecs, comme une cocotte-minute sur le point d’exploser réunissant ces perdants englués dans leur déterminisme social et incapables de sortir de leur condition. Et William Boyle de construire ainsi progressivement son intrigue étouffante dont on sait qu’elle ne peut que mal finir. Et le lecteur de plonger dans ce roman noir, comme on se laisse porter par un film de Scorsese, tout en ombres mélancoliques et en tensions sous-jacentes.
Lionel Destremau

Gravesend de William Boyle
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril, Rivages/Noir, 350 pages, 8,50

Sans faculté de retour Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
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