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Domaine français Les zélés de pitchipoï

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Dominique Aussenac

Dans son deuxième roman, Alexandre Seurat opère une tumeur familiale, conséquence contemporaine de la lointaine Collaboration. Sobre et puissant.

L' Administrateur provisoire

La notion de culpabilité colle à l’homme depuis la nuit des temps. Certaines religions labellisant même le péché originel. Alexandre Seurat a choisi d’en faire un champ d’investigation littéraire. Son premier roman, La Maladroite (Le Rouergue, 2015) évoquait le martyre d’une petite fille dans une sorte de chronique d’une mort annoncée. Il y révélait les signalements, les silences, les mensonges, l’inertie administrative, les conflits de loyauté ayant ponctué les quatre ans de maltraitance de Diana.
L’Administrateur provisoire s’intéresse à une période sombre et toujours aussi pestilentielle de notre Histoire, celle de la collaboration du régime de Vichy. Plus particulièrement aux agissements de certains de ses fonctionnaires. Comment a-t-il été possible de déposséder légalement les juifs de leurs biens ? D’abord en édictant ce qu’était un juif ou définissant la notion de race juive. Ensuite, en nommant des administrateurs provisoires chargés de recenser les biens des entrepreneurs israélites. Enfin, en faisant signer à ces derniers un document officialisant l’abandon légal de leur patrimoine, revendu alors à de « vrais » Français. Ils pouvaient quelques jours plus tard être déportés. Au passage, des commissions officielles et occultes beurraient les fonctionnaires.
Ce livre rigoureusement documenté a des airs de documentaire fiction. Après chaque énonciation sèche, atone, de lois, de lecture d’archives, de lettres, l’audition de témoignages, l’auteur semble mettre en scène la fiction apparentée. Tout d’un coup, la lumière s’éteint, des personnages jouent d’une manière mi-théâtrale, mi-hyperréaliste, leurs apparences tantôt surlignées, tantôt fantomatiques. Leurs états d’âme ou leur absence se mêlant à ceux du narrateur. Ce qui donne une impression de voir palpiter un cœur ouvert, métabolique. Une huître réagissant aux giclées d’opprobre, de fumure, de honte, de cynisme…
Dans cette histoire, deux noyaux durs, deux planètes sombres virevoltent dans l’espace-temps. La première, la plus proche est constituée du père et de la mère du narrateur, un homme jeune, peut-être trentenaire. La seconde, des aïeux de la même famille sous l’Occupation. La mort du frère va déclencher l’intrigue, tout en apparaissant comme possible résultante d’une faute commise quelques décennies plus tôt. Turbulent, rebelle, défoncé, il manifeste dans ses crises, une culpabilité génétique qui l’épuisera jusqu’au suicide. La famille, elle, portera comme une croix ou une Torah, la culpabilité de son impuissance. Au décès, les langues se délient. Révèlent que Raoul H, l’arrière-grand-père, châtelain pas commode fut antisémite, collaborateur efficient, administrateur provisoire pendant une partie conséquente du régime de Vichy. Le narrateur mène l’enquête, d’abord dans le giron familial proche ou éloigné, ce qui n’est pas vraiment fructueux. Des excuses susurrées, « une autre époque  », des non-dits, des silences, des refus… Il parcourt ensuite les archives, les lieux de mémoire, capte les témoignages de rescapés, d’universitaires, de bibliothécaires. Il apprendra que son aïeul fut un vrai salaud, de surcroît corrompu et au moins responsable de deux morts, envoyés à Pitchipoï, nom que les enfants de Drancy donnaient à leur futur et mystérieux camp de déportation. « Le grand-père dit, Ceux qui se sentent coupables sont les coupables. La jeune femme dit, Moi, je me sens coupable. Le grand-père dit, Tu te sens coupable  ? Tu n’as pas à te sentir coupable, tu n’as pas fini si tu te sens coupable pour tout. Tu dois prendre de la distance avec tout ça, et tu verras, c’est beaucoup plus simple, après. La jeune femme ne répond pas. » Quant à Alexandre Seurat, il est coupable d’aimer la langue, d’aimer l’écrire, la malaxer, en tirer une laitance singulière, poisseuse et fluide, mortifère et vivante, brûlante et glacée.

Dominique Aussenac

L’Administrateur provisoire,
d’Alexandre Seurat
Le Rouergue, « La brune », 188 p., 18,50

Les zélés de pitchipoï Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
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