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Poésie Banc de montage

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Emmanuel Laugier

Avec Planches, Rémi Froger s’assoit encore une fois à la table de montage d’un film rêvé, bandes dessinées hypothétiques, arrêts sur images, abstractions des cadres. Une expérience Vertigo.

Douzième livre de Rémi Froger, Planches décontenance au premier abord par la vitesse avec laquelle il enchaîne, sous la forme de doubles quintiles (2 x 5 vers ou phrase séparé d’un espace), puis de dizains, des bouts de phrases en apparence sans lien, jouant à nouer des données concrètes à de pures abstractions. Le chiffre dix (chaque série étant composée de dix poèmes), a sans doute une fonction signifiante, quand même il agit pour le lecteur comme un code crypté, que la quatrième de couverture ne dit pas ou prou : « des signes insistent  » est-il écrit. Certes, des signes, le livre en est rempli, ils débordent et se répandent, clignotent, font pancartes, cartons, étiquettes, feux, police lumineuse sur un écran, tout cela en même temps. L’incipit du premier poème (appelons-le ainsi) appelle pourtant une piste : « il ouvre sur un mouvement photographique, la main sur le déclencheur/est une main différente, les mots distancent l’image dans la phrase  ». La main d’écriture diffère du doigt photographique (du piqué), les mots ne font pas image comme l’image l’image. Bien. Puis tout s’enchaîne vite, « le monde se fissure de plus en plus, d’autres données surgissent  » (troisième vers), jusqu’au constat suivant : « le tissu noir plie l’origine  »… Est-ce celui derrière lequel il faut placer l’œil pour que le vieux daguerréotype tire le portrait d’une époque résolument nouvelle ?
Rémi Froger ne cesse de faire signe vers l’art des images : Passsager : 12 proses vers Antonioni (D-Fiction, 2015), Transferts (Tarabuste, 2008), Chutes, essais, trafics (P. O. L, 2003) ou Des prises de vue (id., 2008). L’œil-caméra, les appareils optiques multiples (jumelles, lunettes, zoom, etc.), les tirages, les révélateurs bio-chimiques, les fixateurs parfois, font impression dense sur le papier d’écriture de Froger. Il ne cesse de dire sa méthode en la superposant à des prélèvements de phrases venues d’on ne sait où – souvenirs flottants, bouts d’images vues, séries de perceptions, recadrages de cartes postales, bouts de livres d’histoire, parfois de polar, du Manchette extrait, réécrit et haché menu ?, etc. – : écrire « l’étrangeté par juxtaposition  », savoir que « l’objet accidentel/ne s’aligne pas  » dans les lignes (?), que ces mêmes « objets se désassemblent de la description  », que « quand je pose une phrase au-dessus d’une autre phrase, celles du dessous/se plient et se déforment, il n’y a pas de fin, je reprends  ». Cela ne cesse pas de croître, ici (p. 37) c’est une « triple contorsion des coïncidences  », « le verbe suivre enregistre des liaisons  » mais « l’ensemble des phrases glisse  ». Synthèse possible : « il est question d’une vitesse/entre des ligaments fondus  », « une sorte de défilé d’objets  » dont « la bouche rapporte l’épisode  », et le livre, conséquemment, « n’aura pas d’objet : il sera surface  », avec des images « barre de fer  », « images qui cassent un nouveau paragraphe  » et « quelques phrases qui tourneraient sans aucun pivot  ». Le poète magicien trace sur un mur blanc, depuis un écran tendu d’images, ces trois mots : « Traduire, rapport, ellipse  » (p. 63). Tout est là.
Mais l’affaire se complique. Il faut ajouter la question de la couleur. Elle se répand autant que les signes, autrement mais sûrement. Et quoi de plus fou que de peinturlurer les mots, et comment faire pour qu’ils disent le spectre chromatique, la luminosité de tel bleu ? « Pierrot le fou », gueule d’indien en bleu et rouge, dans le plan de Godard sait. L’image sait porter cette désinvolture. Mais les phrases, comment font-elles ? C’est l’autre pan de Planches (peintes, placardées d’affiches ?). Mais il accuse son penchant pour le monotype : un seul passage du rouleau, une seule image révélée aux couleurs données une fois pour toutes. Avec ça, faites un dizain et dites en quelques « phrases et copeaux  » que « la description noircit  » ou ceci : « il cherchait la couleur en même temps dans sa tête qu’il dit jaune  ». Était-ce « le verbe matière dans les citrons amers  » qui put la lui faire trouver ? Ou bien « la couleur s’allume (t-elle) en se soudant  » ? Faut-il impérativement la dire ? Toutes ces questions, Rémi Froger les agence en plan de montage serré, d’où que ses phrases fassent des «  filaments,/la fumée des feux de pneu  », des rushs incandescents…

Emmanuel Laugier

Planches, de Rémi Froger
P.OL.L, 92 pages, 14

Banc de montage Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
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