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Poésie Beauté tumultueuse

janvier 2017 | Le Matricule des Anges n°179 | par Richard Blin

D’accords discordants en défigurations heureuses, c’est le poème toujours recommencé de son amour de la vie que met en mots Henri Droguet.

Désordre du jour

Il berce notre fini dans l’infini, chante à mots rares ou déchante à mots voraces les splendeurs hasardeuses des états du ciel ou le remuant désordre des jours qui passent. Voilà plus de trente ans – et une vingtaine de livres – qu’Henri Droguet partage les mouvements pluriels de cette réalité primordiale qu’est le dehors – la mer, le vent, les nuages, les paysages bretons – perçu comme une présence vivante. Ce monde d’énergies en mouvement, de danse enivrante de flux qui s’affrontent, se mêlent ou se croisent, ses poèmes les miment, épousent leur force fertile et les célèbrent, parce qu’ils sont la vie avec ses beautés et ses cruautés.
C’est que dans ce grand tohu-bohu qu’est le monde, tout n’est que départ et devenir, déchirure et suture, saut et passage. C’est ça être en vie, c’est être en mouvement et être lié, c’est larguer les amarres et entrer dans le Grand Rapport. C’est éprouver au plus profond « la sidérante / réalité du réel réel et nul ». C’est voir dans le vent « l’éolien déferlant respiratoire tumulte / du grand souffle hirsute et procréateur ». C’est reconnaître dans « l’énorme roulement chaudronnier / dévorateur d’un orage lointain pourtant / hargneusement qui fulmine et fulgure » une possible métaphore du temps « qui va vient dévire dépulpe / dénerve et vire ». C’est tirer sagesse de « l’effarante impatience sans âge » de la « merveille ronde et nue » qu’est la mer, qui « inoubliablement mugit déferle et soupire ». Ou c’est retrouver dans le rut des aurores et la lumière qui pétille, « enfanteresse / fanfare d’astringents clairons », quelque chose de la force d’expansion du sentiment amoureux.
La poésie d’Henri Droguet est tout entière dans l’expression d’un pur sentir qui est aussi volonté d’arracher un peu d’absolu au flux « banalement définitif des jours ». Un ressenti qu’il rend vivant et opératoire grâce à une langue qui n’est qu’intensités, fougueuses ellipses, scansions ternaires, syncopes, exercice jouissif de la parole, mais d’une parole qui dépayse, installe dans un déséquilibre permanent, crée une vérité poétique qui fait de l’intériorité et de l’extériorité l’envers et l’endroit de la même expérience charnelle du monde. Une langue où tout est férocement exact et où passe le souffle d’un réel qui se réinvente constamment. Une langue qui tisse tous les registres, accueille d’autres voix, impose un son : c’est du vent, du ressassement marin, du déboulé heurté, de l’éraillé, du convulsif, tout un spectre sonore que rythment rimes internes, et jeux de mots : « Déconnais-toi toi-même ». Une langue qui tient parfois du pur faste verbal. « La vie ça va sans trêve / et sans fin ça dérêve et le vent / frisé vaque et s’ / affaire à l’escampette / dans les bleutés lavis lavandiers / l’or ocreux des javelles / les glauques verdelets et pelus fourrages / et plus loin dans l’inachèvement / dans l’inouï qui dé- / nomme / la mer / plissée sauvage poissonnante… »
Mais ces poèmes, en s’ouvrant aux intensités qui débordent notre être éphémère, ne font évidemment pas l’économie de quelques embardées métaphysiques. Une conscience critique, et pas mal d’humour, sont à l’œuvre, attentifs à ce qui toujours (nous) manque. Alors, « l’infime fétu toi / que les vents titubateurs / casuellement malmènent », se souvient, gueule ou pousse des sanglots « divinement mélancomiques ». Mais s’il sait le rien et le vide auxquels toute cette fureur aboutit, il sait aussi faire du désenchantement une force, et de la « stupeur heureuse d’être ici », la fluctuante certitude de partager un peu de l’être éparpillé dans le beau désordre du monde.

Richard Blin

Désordre du jour, de Henri Droguet, Gallimard, 166 pages, 17,50
Du même auteur paraît un recueil de nouvelles, Faisez pas les cons ! (éditions Fario,
100 pages, 14,50 )

Beauté tumultueuse Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°179 , janvier 2017.
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