La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Zoom Des arbres à abattre

janvier 2017 | Le Matricule des Anges n°179 | par Martine Laval

Entre réalisme et anticipation, l’écrivaine Américaine oblige deux adolescentes à renoncer au monde pour mieux l’inventer. Électrochoc.

Nous ne sommes pas chrétiens, nous sommes capitalistes. Tout le monde dans ce pays de branleurs est capitaliste.  » Au pays de ces branleurs – l’Amérique – une seule solution, l’évasion ou la fuite. Il suffit d’accepter quelques compromis, savoir vivre de peu, jouir de la solitude, et voilà le bonheur. Dans la famille imaginée par Jean Hegland, c’est le père qui ordonne pour le bien commun de sa femme et de ses filles, deux ados, Eva et Nell. Ils ont élu domicile à la campagne, un cul-de-sac ou une terre promise, un lieu sain, préservé, sauvage, une sorte de virginité reconquise. Ici, à la lisière d’une forêt inquiétante et désirable, menaçante et protectrice, s’arrête la société capitaliste. Ici, on prône la culture, le silence, l’art de rêver, la liberté de se choisir un destin. Le père, instituteur, est le seul à travailler à la ville (lointaine) ; la mère a abandonné sa carrière de danseuse, elle bricole à la maison ; les deux ados ne vont pas à l’école, à elles d’apprendre seules. Si l’une ou l’autre des gamines craquent d’ennui, elles s’entendent dire : « Ta vie t’appartient. » Va et débrouille-toi. La débrouille, ou plutôt la survie, est tout l’enjeu de ce roman électrique, déstabilisant.
Jean Hegland a écrit Dans la forêt il y a tout juste vingt ans. Elle imaginait alors une société en déliquescence et le bonheur illusoire d’un retour aux sources, à la nature. Repli, individualisme, désocialisation, un sauve-qui-peut doucereux. Mais très vite, son récit s’emballe, bascule et propulse les personnages vers l’enfer. La mère meurt, puis le père, laissant les deux gamines seules face à une catastrophe jamais nommée. Guerre ? Épidémie ? Désastre écologique ? Adieu les ressources élémentaires – eau, nourriture, électricité, essence… Il faut là encore tout réapprendre. L’histoire – ou l’angoisse distillée avec un savoir-faire ébouriffant – vise l’extrême : la fin du monde est en marche, il faut survivre, mais comment ? et pourquoi ? Dans une ambiance post-apocalyptique à la Cormac McCarthy (La Route) ou même Robert Merle (Malevil), où tout est solitude effrayante, où tout devient danger, le récit vire au désespoir, au cauchemar, et même au duel. Jean Hegland malmène les deux survivantes, les oblige à faire front, à se battre l’une contre l’autre ou à résister ensemble. À elles de se construire un destin… comme aurait dit leur mère.
Jean Hegland joue avec l’anticipation – cette fin du monde imminente –, mais ce n’est qu’un leurre. À chaque page, elle fait exploser la réalité de notre société brutale, absurde. Dans la forêt met en scène notre autodestruction, annonce l’effondrement de notre civilisation. Mais peut-être, n’est-il pas trop tard pour réapprendre à vivre autrement… À s’inventer. Peut-être.

Martine Laval

Dans la forêt, de Jean Hegland, traduit de l’américain
par Josette Chicheportiche, Gallmeister, 302 pages, 23,50

Des arbres à abattre Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°179 , janvier 2017.
LMDA papier n°179
6.50 €
LMDA PDF n°179
4.00 €