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Théâtre Zones sensibles

mars 2017 | Le Matricule des Anges n°181 | par Patrick Gay Bellile

La possession d’un territoire est toujours au cœur des batailles, économiques ou militaires. La preuve Avec Stefano Massini.

Terre noire (suivi de ) O-dieux

Terre noire se présente comme un jeu de stratégie. Cinq protagonistes s’affrontent, en Afrique du Sud, autour d’un champ de canne à sucre. Convoité par de grandes compagnies sucrières qui prônent l’agriculture intensive et la rentabilité maximale et ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins, il est défendu par un couple de petits propriétaires terriens qui depuis toujours dépendent, pour vivre, de sa récolte annuelle. Cette terre est la leur, transmise depuis plusieurs générations. Ils entretiennent avec elle un rapport très particulier : « La canne à sucre a une voix, oui monsieur, incomparable et tu l’entends si tu te trouves au milieu si tu t’arrêtes en plein champ si tu tends l’oreille. Elle est là. » Mais Hagos, l’agriculteur, rêve de pouvoir acheter pour sa famille la télévision et un nouveau réfrigérateur ; il est donc sensible aux sirènes des acheteurs. Face à lui, les grandes firmes capitalistes, se battent entre elles pour asseoir leur empire. Il y a déséquilibre. Le parcours comporte des étapes, trente et une exactement, qu’il convient de parcourir toutes. Trente et une petites scènes qui multiplient les points de vue et démontent un mécanisme pervers de destruction. Trente et un monologues ou dialogues entre les différents personnages. Pour saisir le fond de leurs pensées, faire apparaître les rapports de force. Comme si l’auteur avait choisi de démonter une horloge, au mouvement inexorable, et de nous en présenter simplement chaque engrenage.
Il précise aussi que ces trente et une scènes peuvent être agencées dans n’importe quel ordre, que leur disposition peut changer d’un soir à l’autre et d’une représentation à l’autre. Le spectacle en sera modifié, mais pas le propos. Tant il est clair. Même si la dernière scène, celle que l’auteur a placé à la fin, reste ouverte et laisse subsister un espoir.
Stefano Massini est le directeur artistique du Piccolo Teatro de Milan, le célèbre théâtre fondé par Giorgio Strehler et Paolo Grassi. Il écrit un théâtre très politique, très engagé, un théâtre ancré dans les problèmes qui secouent aujourd’hui la société et les menaces qui se profilent à l’horizon. Ses précédentes pièces parlaient de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa et de la faillite de la banque Lehman Brothers.
Dans O-dieux, la seconde pièce, les personnages sont trois femmes, que l’auteur souhaite faire interpréter par la même actrice : une jeune Palestinienne décide de devenir martyre, une professeure israélienne voudrait croire encore et toujours aux valeurs humanistes : « S’il y a un antidote à l’intégrisme c’est bien l’histoire : elle t’apprend à rester à l’écoute, toujours. » Et une militaire américaine, désabusée, fait son boulot. Là encore, Stefano Massini alterne et confronte les points de vue. Les mêmes événements sont perçus ou racontés par les trois personnages qui incarnent les protagonistes du conflit israélo-palestinien. La jeune Palestinienne ne fait qu’accomplir ce qu’elle croit devoir faire, la professeur israélienne, confrontée à un attentat, se réfugie à son corps défendant dans une attitude sécuritaire, et la militaire aura le dernier mot, sans trop savoir pourquoi, sans se poser de questions. Il est question de terrorisme, d’attentat, la pièce converge vers un surprenant dénouement, mais au passage, force est de constater que ces trois femmes se ressemblent. Elles sont manipulées par une histoire qui les dépasse et le seul fait d’être née ici plutôt que là en fait des ennemis et conduit l’une vers l’irréparable et la réprobation de tous, l’autre vers un sacrifice qu’elle n’a pas demandé ; quant à la troisième elle n’est finalement que le bras armé du destin. Un destin qui pourrait avoir pour nom : Sécurité.

Patrick Gay-Bellile

Terre noire (suivi de) O-dieux,
de Stefano Massini
Traduit de l’italien par Pietro Pizzuti, puis Federica Martucci et Olivier Favier,
L’Arche, 144 pages, 13

Zones sensibles Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°181 , mars 2017.
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