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Domaine français Étrange façon de vivre

mars 2017 | Le Matricule des Anges n°181 | par Richard Blin

Qu’est-ce qu’écrire, sachant que celui qui écrit n’est pas la même personne que celle qui vit ? De cette source d’intranquillité, Anne Serre fait tout un roman.

Voyage avec Vila-Matas

Pourquoi et comment ça naît un roman ? Comment ça s’écrit ? Ces questions forment la trame du dernier livre d’Anne Serre. Elle s’y met en scène dans le train la conduisant de Paris à Montauban, où elle est invitée à un festival littéraire. Tout en se laissant happer par ce qu’elle voit par la fenêtre, elle rêvasse au lieu de lire, comme elle en avait l’intention, l’un des derniers romans de Vila-Matas, un auteur qu’elle place très haut, même si « aujourd’hui nul ne peut plus être Walser ou Kafka ». C’est que l’art d’Enrique Vila-Matas est celui qui s’ajuste le mieux à son désir, tout en la mettant dans un « état de joie, de confiance, de réconciliation avec le monde ». La puissance enchanteresse de cet art – « Vila-Matas, même quand il empilait dix mises en abyme, trouvait toujours son chemin en moi et pourquoi ? » – plus sa volonté, à elle, de toujours « entrer » dans les histoires qu’il raconte, de les vivre quasiment, le temps de leur lecture « et même un peu plus », la conduit alors à s’interroger sur son penchant à se prendre pour une autre, une propension chère à Vila-Matas dont les livres sont pleins d’écrivains vivants, inventés ou véritables.
À travers ces mouvements de migration du monde réel au monde fictionnel, c’est le rapport de l’écriture à la folie qu’elle en vient à questionner. Ces deux mondes non seulement s’interpénètrent mais tissent également des relations avec d’autres mondes fictionnels comme en témoigne l’abondance des citations, c’est-à-dire une pratique de l’intertextualité qui montre combien lire et écrire se situent dans un rapport d’articulation mutuelle. La littérature, en tant qu’espace possible pour vivre une vie différente de la vie réelle, est donc le véritable sujet de ce livre. Une littérature qui défamiliarise notre rapport au monde, y introduit du trouble, du doute, tout en brouillant les trop sages domaines délimités par les frontières que nous imaginons entre le vrai et le faux, les apparences et la profondeur.
Tout le plaisir de la lecture, et de l’écriture, tient à ce flottement, à cette idée que la réalité n’est peut-être qu’une continuation de la fiction. C’est ainsi que Vila-Matas finit par apparaître sur le siège voisin de celui d’Anne Serre. Un Vila-Matas avec qui elle poursuivra la discussion, un peu plus tard, à travers la cloison d’une chambre d’hôtel, à Montauban. Bien sûr, ce Vila-Matas est l’écrivain, et non pas l’homme en chair et en os. C’est que celui qui écrit un livre, « n’a pas de corps, on ne peut pas le toucher, il est invisible ». « Je suis l’autre » (Nerval), « Je est un autre » (Rimbaud). Écrire c’est se démultiplier, se faire escamoteur d’identités, tout en jouant de la porosité entre vrai et faux.
C’est cette pensée de la littérature comme variation et reprise d’elle-même, jeux de contrepoints, d’emboîtements et d’enchâssements que défend Anne Serre. Jusqu’à s’approprier la manière et le ton de Vila-Matas dans une sorte de conte policier titré « Vila-Matas mène l’enquête », et avant, dans une dernière partie, de travailler à se déprendre de l’emprise de ce maître en jeux d’écriture et effets de miroir. « J’entrais dans son imagination comme s’il évoquait ma vraie vie, et dans nombre de lieux qu’il inventait, j’étais allée, j’avais vécu. »
Des ressemblances, des coïncidences, des hasards dont Anne Serre donne quelques exemples au fil de touchantes confidences, de bouffées de parole intime, qui font de ce livre un autoportrait en miettes autant qu’un livre qui, tout en déconstruisant l’évidence de nos représentations, est aussi une invite à (re)penser notre manière de lire. Richard Blin

Voyage avec Vila-Matas, d’Anne Serre
Mercure de France, 146 pages, 14,80

Étrange façon de vivre Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°181 , mars 2017.
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