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Poésie Bruissements de Zanzotto

mars 2017 | Le Matricule des Anges n°181 | par Emmanuel Laugier

Deux livres, Vocatif (1953) et Surimpressions (2001), sont réunis, découvrant l’unité réfléchie que l’œuvre du poète italien a construite, de la présence affirmée de la nature à l’arraisonnement de la terre entière.

Vocatif suivi de Surimpressions

Dans Les Regards les faits et senhal (1969) livre qui précède Les Pâques (1963), Andrea Zan- zotto écrivait déjà, dans des poèmes-séquences au « dense précis  » extraordinaire, déployé en des vers ramifiés de tirets, de signes graphiques, ce qu’il pouvait ouïr de rumeurs encore souterraines de son temps : « – J’ai entendu parler de ta blessure / dans un noirfilm un trucage chromatique un bloc de faits divers / ici dans l’herbe et là dehors dans la neige qui errait dans le bois / toute à son écoute (…) // – Tu réalises, tu saisis  ». Si l’on reste un peu pantelant de l’adresse, seul avec l’assertion interrogative que Zanzotto glisse parfois entre les mains de son lecteur en plein milieu de son poème, voire se destine à lui-même comme à sa propre naïveté, c’est qu’il faut revenir à ce « Mystère de la Pédagogie » dont il fut le maître de lecture, selon le vœu des Pâques. Rappelant à tous « Le Centre de Lecture  » de l’attention, en vue de distinguer, de réfléchir, de recueillir, de mettre de côté, d’agencer, « tournant bien tout sous la lampe…  », pour qu’on « y dispense et partage la nourriture  » à venir d’un monde désiré, d’une chambre d’échos neuve, dont la nature, la neige, le vert vif de Vocatif serait, « tiède (…) / souple irrigu(ant) (les jours) / d’insectes et d’oiseaux s’agit(an)t et scintill(ant) » de reflets et de bruissements…
Tout l’effort de l’œuvre du poète vénitien (1921-2011), que Vocatif et Surimpressions donnent à entendre, s’affirme de ne jamais négliger les mouvements macro du monde, telle la simple radiation profonde de la feuille du figuier, comme revenue des temps d’Homère, écrit-il, chloros, « recouverte de verdure », « vigoureuse ». Mais les arbres ne cachent pas la forêt, et l’adage fait autant revenir les inflexions dramatiques qui emportent le monde. Ainsi dans Surimpressions, ce sont OGM, saignées de la terre, champs radioactifs des centrales, contamination des eaux, tumeurs, que voilà immiscés dans des poèmes extralucides : « Combien désormais sur des prés par eux-mêmes défaits / échappés ébréchés étouffés / mais dans leur colour-sépia follement installés / dans leur évolution rester coucher adorer / à travers des sillages bien connus / Combien de furieux buissons de rosiers-des-chiens / quelle armée âcre infectieuse fatale / par le haut désert du haut des collines / divisés dissipés dispersés / chacun hostile à tout un chacun  » (p. 237) ou encore ceci : « Neiges tapies là derrière : odeur / de vent compliqué dans son vide-outré / senteurs d’éloignements là en contrebas / toxiques à en crever (da creparsi) / en combustions  ». Mais ils s’adressent aussi au frère disparu, aux amis morts, aux fenaisons du jeune âge ou encore, explicitement tourné vers Pasolini, au destin, en un fulgurant mixte de formes concrètes et de tressages abstraits, de temps présents et passés, d’appels et de rappels : « et maintenant – peut-être – jamais – / tu es dans le faire et le défaire des prés / de pensées et d’épines brûlées / d’azur, instant après instant, / depuis des plaines aux bordures des montagnes / Il n’y a rien qui vaille / pour épuiser cette inimaginable / vibratilité / ni main qui entre pour décider (…) // ô Benandante // presque à tâtons et semi-aveugles mais presque / joyeux nous croisons déjà / les argentins enchevêtrements de tes parcours / vers d’autres récoltes  ».
Les intuitions herméneutiques de l’auteur, comme il a été remarqué, se traduisent en « figurations articulées en analogismes débridées » (Pietro Benzoni*), mêlant autant les registres climatologiques, les sciences neuronales et la linguistique à toutes ressouvenances d’un moi diffracté, dissolu presque, mais dont le vitalisme consiste à se tendre vers une louange inquiète. C’est qu’une irascible ténacité du monde à exister nous intéresse et nous relie à notre propre mort, et ainsi à « notre vie subjective » (Pierre Parlant*). Ainsi Zanzotto ne loue-t-il le monde « qu’en tant qu’il existe », l’exaltant moins que l’invoquant, écrivant à son adresse, comme Dante fit vers Virgile, afin que celui-ci m’apparaisse, me saisisse, me surprenne, et comparaisse dans le fait de langage lui-même, dans le forçage qu’il ouvre au sein du langage commun et des idiomes écrasés. Le fameux triangle dessiné des Pâques, cryptogramme d’un rêve, désignait la haine (odio) que le monde put avoir contre lui-même en se détruisant, mais appelait aussi la langue du poème à réinventer sa beltà, son incomparable fait d’existence…
Emmanuel Laugier
* dans la revue Nu(e) N°58, spécial
Andrea Zanzotto, septembre 2015.

Vocatif (suivi de) Surimpressions,
de Andrea Zanzotto
Traduit et présenté par Philippe Di Meo, éd. bilingue, Maurice Nadeau, 368 p., 22

Bruissements de Zanzotto Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°181 , mars 2017.
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