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Théâtre Le prix de l’humain

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Laurence Cazaux

Face à la menace terroriste, Ferdinand von Schirach imagine un procès fictif.

Voilà une pièce qui ne laisse pas indifférent. Avant même d’ouvrir le livre, un bandeau rouge annonce : « Le procès dont vous êtes le juré. L’accusé Lars Koch est-il coupable ou innocent ? Votez sur :». S’ensuit une adresse internet des éditions de l’Arche. La maison d’édition ne nous avait pas habitués à de tels procédés, qui laisse un peu sceptique a priori. L’auteur, Ferdinand von Schirach, est un avocat de la défense au barreau de Berlin depuis 1994, spécialisé en droit criminel. Terreur met donc en scène un procès fictif, de façon très réaliste et documentée. L’accusé est un pilote de l’armée allemande, Lars Koch, un homme brillant qui a mené une vie irréprochable jusqu’à ce 23 mai 2013 où il abat en vol, sans l’autorisation de sa hiérarchie, un avion avec 164 passagers à son bord, avion détourné par un terroriste qui voulait le faire s’écraser sur les 70 000 spectateurs d’un match de football au stade de Munich.
Comme le rappelle l’avocat de l’accusé : un an et demi après les attentats du World Trade Center à New York en 2001, un homme en Allemagne s’était emparé d’un avion de tourisme et avait menacé de le précipiter sur la Banque centrale européenne. L’homme avait finalement atterri sans mettre sa menace à exécution. En 2005, une nouvelle loi fut alors promulguée en Allemagne sur la sécurité aérienne. « Notre parlement s’est mis d’accord pour que, dans les cas les plus extrêmes, le ministre de la Défense ait le droit d’autoriser l’usage des armes. Y compris contre un avion civil dans lequel se trouveraient des passagers innocents. Pour que, dans un cas extrême, on ait le droit d’abattre un avion détourné ». Mais, un an après sa promulgation, la Cour constitutionnelle a invalidé une partie de la loi en décidant « qu’il était contraire à la Constitution de tuer des personnes innocentes. Qu’une vie ne devait jamais être mise en balance avec une autre vie. »
Or c’est précisément ce que Lars Koch a fait. Il a mis en balance la vie de 164 personnes innocentes contre la vie de 70 000 personnes tout aussi innocentes.
Tout au long de la pièce-procès, des questions vont nous être posées : est-il juste de tuer quelques personnes pour en sauver beaucoup d’autres ? Comme il n’y a aucune certitude concernant les questions morales, la Constitution et la loi doivent-elles toujours primer, même face à une opinion « moralement juste » ? Les passagers étaient en train d’essayer de forcer le cockpit, ils auraient peut-être réussi à changer le cours des choses ? Comment être sûr que l’avion se serait écrasé ? Aurait-on pu évacuer le stade ? Sommes-nous en guerre face au terrorisme ? La pièce interroge bien sûr l’état d’urgence, les lois d’exception. On ressort troublé de cette lecture, après avoir changé de points de vue à plusieurs reprises. Terreur a le mérite de nous faire nous poser des questions brûlantes. Sur le site de l’Arche, une centaine de lecteurs seulement ont répondu. L’expérience doit être plus troublante le temps d’une représentation théâtrale ou d’un film puisque le texte a été adapté à la télévision. Les votes ont d’ailleurs été très nombreux et très différents d’un pays à l’autre, suivant l’histoire des pays en question, leur degré d’exposition à la menace terroriste.
L’auteur propose donc deux fins à sa pièce, suivant la sentence du public, une pour l’acquittement, une autre pour la condamnation. La pièce est suivie d’un discours prononcé par Ferdinand von Schirach en hommage à Charlie Hebdo. Un beau plaidoyer pour la liberté qui se conclut avec cet avertissement de Benjamin Franklin : «  Qui renonce à la liberté afin de gagner la sécurité, à la fin perdra les deux. » On ne peut plus d’actualité !

L.Cazaux

Terreur, de Ferdinand von Schirach
Traduit de l’allemand par Michel Deutsch
L’Arche, 120 pages, 13

Le prix de l’humain Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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