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Domaine étranger Ci-gît Manhattan

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Camille Cloarec

Dix ans après La Belle vie, Jay McInerney renoue avec le monde urbain, artificiel et pétri d’addictions qu’est le New York d’aujourd’hui.

On a cinquante ans, et notre belle histoire d’amour, qu’est-ce qu’il en reste ? » Voici où en est un couple de cinquantenaires qui s’acharne à ne pas perdre pied, dans un New York en pleine métamorphose. Russell Calloway, éditeur au bord de la faillite, surnommé « Pataud » en raison de sa maladresse notoire, a épousé Corrine il y a plus de vingt années de cela. Cette scénariste talentueuse, dotée d’une « érudition excentrique » lui permettant d’expliquer l’origine du mot cappuccino et de briller en société, est à présent investie dans l’association Nourrir New York. Ils vivent dans un loft hors de prix, en plein cœur de Manhattan, avec leurs jumeaux Storey et Jeremy. Autour d’eux gravitent des amis et leurs histoires : le peu fidèle Washington et sa femme Veronica, employée chez Lehman Brothers, le jeune auteur drogué du Tennessee, Jack Carson, la féministe Nancy Tanner…
Dans ce Manhattan bobo, démocrate et luxueux, la vie est trépidante. « Lieu de toutes les excentricités bohèmes  », il rassemble dîners végétariens à quatre chiffres, galas de charité orgiaques et autres festivités dévergondées. La bourgeoisie y est « débauchée et désabusée », pendue à la rubrique mondaine du magazine people Page Six. Ces hommes pleins aux as et ces femmes d’une maigreur vertueuse se croisent allègrement dans des cafés où la carte des vins pèse le poids d’une Bible. Et, pour les vacances, tout ce petit monde s’achemine vers de spacieuses résidences secondaires sur la côte de Long Island. En effet, le rythme de la ville n’est pas si éloigné de celui de la nature : après « la saison des inaugurations de restaurants et de galeries » vient « l’époque où la mode de l’année à venir défile sur les podiums, tandis que les feuilles de ginkgo virent au jaune, la Fashion Week cédant la place au New York Film Festival  ».
Ce microcosme privilégié n’est cependant pas épargné par les grandes crises contemporaines. Le récit se déroule de 2007 à 2009. La drogue continue ses ravages, avec ou sans Sida. Les liaisons extraconjugales prolifèrent, et menacent dangereusement l’intégrité des familles. Quant à la politique, elle divise de plus en plus. La campagne électorale entre Obama et Clinton tisse ainsi une toile de fond complexe, opposant les blancs à la bonne conscience et les démocrates réfractaires au changement. L’on est d’ailleurs curieux de ce que Jay McInerney trouvera à dire sur la dernière en date… Et, toujours, le traumatisme du 11-Septembre plane dans l’esprit de chaque citadin. Il suffit d’apercevoir « la silhouette des immeubles de Manhattan au-dessus d’une mer ondoyante de pierres tombales, (…) sa récente défiguration, comme un sourire familier auquel il manquerait désormais deux dents », pour se rappeler la trop récente tragédie dont New York fut victime. Enfin, le roman s’achève sur une note non moins angoissante : celle des premiers signes de la crise financière. La bourse s’alarme gentiment, emportant avec elle des nuits entières de sommeil, des investissements jusque-là heureux, des fortunes colossales.
Mais Les Jours enfuis ne se contente pas de refléter le monde américain d’aujourd’hui. Comme son titre l’indique, il propose une ambitieuse réflexion sur le temps qui passe. À quel signe reconnaît-on que l’on a réussi sa vie ? Russell, qui se laisse tromper par un auteur peu scrupuleux, est-il un symbole d’échec ? Et Corrine, qui se jette à corps perdu dans une ancienne relation amoureuse, est-elle la responsable du gâchis qu’est devenue leur relation ? « L’été touchait à sa fin, elle avait cinquante ans, et sa vie filait si vite que la brume qui envahissait la pelouse lui parut être un mauvais présage. » Le couple se réveille un matin et tout a changé, sans que rien ne le démontre tangiblement. Les liens doucement se désagrègent, les traits des visages s’affaissent malgré d’innombrables liftings, les valeurs ne sont plus que de vagues données commerciales. Le repère bon marché des peintres qu’était autrefois Manhattan est devenu « un faubourg de Wall Street ».
Jay McInerney dépeint avec justesse ce monde superficiel, dans ce qu’il a de plus attirant et de plus répugnant. Les jets privés, les canards à la truffe et les suites dans les meilleurs hôtels font face à la froideur des sentiments et à l’artifice des corps. Les personnages ne sont que des pions dans « un complexe réseau social, familial, et même commercial ». Au cœur de cette triste comédie, l’auteur s’interroge sur le libre arbitre de chacun. Faisant la part belle aux choix, aux prises de risque et aux coups de folie, son intrigue pleine de surprises questionne brillamment les enjeux de notre société contemporaine. Camille Cloarec

Les Jours enfuis, de Jay McInerney
Traduit de l’américain par Marc
Amfreville, l’Olivier, 496 p., 22,50

Ci-gît Manhattan Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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