La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poches Le testament de Burgess

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Thierry Guinhut

L’écrivain anglais répond aux détracteurs d’Orange mécanique. Réédition.

Le Testament de l’orange

Il y a une vie après le succès de L’Orange mécanique (1962), qui fit les délices cruelles du film de Stanley Kubrick. Mais une vie bousculée, controversée, qu’il faut à son créateur, l’écrivain anglais Anthony Burgess (1917-1993), assumer. Car le film, plus que le roman, fut taxé d’avoir contribué, par son influence pernicieuse sur la jeunesse, à une série d’actes délinquants particulièrement abjects. Burgess aurait pu s’en défendre en écrivant un plaidoyer dans la presse, un essai solidement argumenté, comme il en eut d’abord l’intention. Il a préféré, onze ans après, écrire un autre roman, qui n’est en rien une suite du premier, mais plus exactement un apologue.
Est-il utile de savoir que le personnage d’Enderby était déjà celui de deux romans ? Refermant le triptyque, ce Testament de l’orange se lit le plus indépendamment du monde. Le héros est un conférencier d’université, « vieux jeu », bien peu politiquement correct, auteur de poèmes aussi religieux qu’obscènes, autour de la figure de Saint-Augustin et de la question du libre arbitre, dont nous sont offerts de nombreux vers. Il est aussi le scénariste oublié qui s’est refait une jeunesse en adaptant le poème de Hopkins Le Naufrage du Deutschland pour le scénario d’un film à grand spectacle fort racoleur. C’est par là que le scandale arrive. Hors l’affreuse tempête, le clou en est un flash-back avec « viol de religieuses par des adolescents en chemises brunes », ensuite chassées d’Allemagne par les nazis pour périr en mer.
Le succès du film est tel que de jeunes gars se sont attaqués à des religieuses, commettant un « nonnicide » : « La faute à l’art, toujours, n’est-ce pas ? Le péché originel ?  » La morale de l’apologue est explicite : « du jour où on vient à admettre qu’une œuvre d’art peut inciter les gens à se lancer dans le crime, alors on est foutu ». Car ils « accusent toujours l’art, la littérature, le théâtre d’être la cause de leurs propres méfaits ». Ainsi un professeur imagine d’interdire Hamlet aux jeunes ! Une lectrice indignée vient pour assassiner Enderby…
Préoccupé de questions métaphysiques et théologiques, le poète s’inquiète également de la postérité de son œuvre. Ce qui ne l’empêche pas de batailler avec ses étudiants lors de cours d’histoire littéraire parodiques et burlesques. Et de tenter d’élever le niveau d’un atelier de création littéraire au-dessus des haines ethniques et raciales. Ainsi la poésie et la mission de l’artiste conscient du mal et du péché parmi la nature humaine sont au centre des problématiques de ce récit.
Moins frappant que L’Orange mécanique, faute de l’invention linguistique russophile de ses délinquants ultra-violents et fans de Beethoven, ce Testament de l’orange n’en est pas moins un complément indispensable, plein de truculence, de satire des mœurs et pruderies américaines, y compris du féminisme militant et des « résidus de l’adolescence érigés en art ». Enderby est une grande gueule poétique et polémique, probable alter ego de Burgess, qui joue sans cesse avec les niveaux de langues et les sociolectes, comme lors de la transcription d’une émission télévisée où l’on invite notre héros qui ne se fait pas faute de défendre la liberté créatrice, dans un contexte farci de vulgarités et de publicités.
La problématique n’est pas neuve. À la fin du XVIIIe siècle, quelques jeunes lecteurs des Souffrances du jeune Werther de Goethe endossèrent l’habit jaune et bleu du personnage et se suicidèrent à la façon de l’amoureux déçu. De même, à propos d’une série titrée 13 Reasons why, l’on se demande aujourd’hui s’il faut la regarder pour mieux comprendre et être dissuadé de la tentation du suicide, ou si l’on cherchera à reproduire la stratégie vengeresse de la jeune fille. Les Grecs anciens demandaient déjà au théâtre s’il était catharsis ou imitation…
Thierry Guinhut

Le Testament de l’orange, d’Anthony Burgess, traduit de l’anglais par Georges Belmont et Hortense Chabrier, Robert Laffont, « Pavillons poche », 238 p., 7,90

Le testament de Burgess Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
LMDA PDF n°184
4.00 €
LMDA papier n°184
6.50 €