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Histoire littéraire Figures libres

juin 2017 | Le Matricule des Anges n°184 | par Didier Garcia

Le funambule Georges Perec (1936-1982) accède enfin au firmament.

Comme l’affirme Christelle Reggiani dans « Un peintre de la vie moderne », sorte d’introduction générale aux deux volumes (dont l’édition a été établie sous sa direction), l’entrée de Georges Perec dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade « entérine le caractère patrimonial » de son œuvre. Ou, pour le formuler autrement : a valeur de consécration.
On l’attendait, c’est désormais chose faite (il faut donc s’en réjouir). Mais on a beau l’avoir attendu, beau l’avoir désiré, on s’étonne de le retrouver là et de le voir soudain promu au rang de classique, lui qui se définissait pourtant comme « Oulipien à 97 % ». On avait pris l’habitude de le tenir pour un moderne, voire pour un post-moderne, multipliant les audaces textuelles et formelles, surprenant son monde à chaque nouveau volume (y compris les publications posthumes)… Faut-il aujourd’hui modifier l’image que l’on avait de lui ?
Ces deux volumes d’Œuvres, qui présentent de manière chronologique « l’essentiel des livres parus du vivant de l’auteur » (parti pris qui nous prive du Perec verbicruciste et de l’indispensable Penser / Classer, paru à titre posthume en 1985), donnent pourtant à lire cette modernité créatrice.
Dans Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? (1966), on le voit par exemple tordre effrontément le cou à la grammaire, se jouer de ses règles avec une irrévérence qui amuse, ce qui nous vaut des phrases assez loufoques : « dans son Montparnasse natal, où qu’il était naquis », et des conjugaisons farfelues qui raviraient des collégiens en difficulté (« nous recevîmes », « nous rangîmes »…).
Avec La Disparition (1969), l’audace porte cette fois sur l’intégralité du volume (véritable tour de force de plus de 200 pages dans la présente édition) : Perec signe alors un roman écrit sans la lettre e, un lipogramme géant qui trouvera une belle manière de revanche avec Les Revenentes, publié trois ans plus tard, production oulipienne où toutes les voyelles sont des e.
Comparé à ces deux ovnis littéraires, W ou le Souvenir d’enfance (1975) fait figure d’enfant sage et présente une facture beaucoup plus classique. Ce roman autobiographique est sans nul doute le plus grave qu’il ait écrit : dans ces pages, il retrouve cette Histoire qui, « avec sa grande hache », a amputé sa famille et sa vie, le laissant orphelin de père à l’âge de 4 ans (des suites d’une blessure contractée sur le front), puis de mère à 7 ans (déportée puis assassinée à Auschwitz en 1943). Un traumatisme fondateur qui lui a fait écrire cette phrase désormais célèbre : « Je n’ai pas de souvenir d’enfance. »
Pour Je me souviens (1978), le principe de composition est d’une désarmante simplicité : un recueil de souvenirs personnels et de « choses communes » (c’est d’ailleurs le sous-titre du volume) fait de 480 phrases commençant invariablement par « Je me souviens ». Une anaphore qui rappelle les listes dont Perec était si friand, et qui contraste avec la complexité romanesque de La Vie mode d’emploi, son grand « romans » de 1978, couronné la même année par le prix Médicis (il avait obtenu le Renaudot en 1965 pour Les Choses).
Avec Perec, chaque livre est une surprise. D’abord parce que chacun appartient à une des quatre veines qu’il a explorées durant ces treize années qui lui ont suffi à bâtir son œuvre : tour à tour sociologique, autobiographique, ludique et romanesque. Ensuite parce qu’aucun livre ne ressemble au précédent. Dans « Notes sur ce que je cherche » (texte « décisif » selon Christelle Reggiani, et pourtant absent de ces deux volumes, puisque publié dans Penser / Classer) : « Si je tente de définir ce que j’ai cherché à faire depuis que j’ai commencé à écrire, la première idée qui me vient à l’esprit est que je n’ai jamais écrit deux livres semblables, que je n’ai jamais eu envie de répéter dans un livre une formule, un système ou une manière élaborés dans un livre précédent ».
Au total, on aura suivi l’itinéraire d’un écrivain, qui se montre malgré lui sous les traits d’un virtuose (nul désir d’en imposer chez Perec). On l’aura vu construire son œuvre comme « un paysan qui cultiverait plusieurs champs » en même temps, sans le moindre souci d’unité, avec une liberté de mouvements à laquelle il est resté fidèle, autant par curiosité (histoire de voir ce qui pourrait y pousser et explorer quelques possibles littéraires) que pour son propre plaisir. Un plaisir que Perec offre en toute simplicité à son lecteur et que chaque livre renouvelle.

Didier Garcia

Œuvres, I et II, de Georges Perec
Bibliothèque de la Pléiade, 1184 et 1280 pages, 54 et 56
(110 en coffret). Album Georges Perec par Claude Burgelin
256 pages (offert pour l’achat de trois volumes de la Pléiade)

Figures libres Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°184 , juin 2017.
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