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Zoom L’appel sauvage

septembre 2017 | Le Matricule des Anges n°186 | par Martine Laval

Retrouvailles grisantes avec Paolo Cognetti. Son histoire d’amitié entre deux gamins est aussi vertigineuse qu’une montagne indomptable.

Les Huit montagnes

Il y a les non-dits, ces choses impossibles à exprimer, par pudeur ou par haine. Et il y a les silences, ces moments riches de connivences. À sa manière douce et enivrante, comme un grimpeur qui se concentre sans faiblir sur un pas, puis sur un autre, le jeune écrivain italien Paolo Cognetti construit son nouveau roman sur ce hiatus : dire/ne pas dire ; aimer/ne pas aimer – ou mal. Les Huit Montagnes, troisième livre traduit en français après l’indispensable Garçon sauvage (Zoé, 2016), poursuit une veine autobiographique tout en déployant une envergure universelle, une parabole de la vie. Roman d’apprentissage, donc, mais surtout roman qui questionne l’amitié, la loyauté, la filiation, quand héritage et destinée se querellent, quand lâcheté et égoïsme aveuglent.
Le petit Pietro, fils unique et mélancolique, n’a d’autre choix l’été que de suivre son père, homme sombre et sévère. Sa raison d’être : les cimes du Val d’Aoste, là où il mesure sa force inépuisable, son obstination. Grimpe ou crève… le bonheur est au sommet. Pietro se soumet. Le gamin de la ville se lie avec Bruno, gamin, lui, des alpages, un sauvage, en osmose totale avec la nature – une sorte de liberté. À eux la fuite, les escapades et les jeux parfois dangereux. Ils s’inventent une amitié qui se passe de mots. L’adolescence venue, Pietro dira enfin non au père, à la montagne, oubliera même Bruno. Une quinzaine d’années plus tard, désormais réalisateur de documentaires, Pietro retrouvera le chemin escarpé du passé. Il pourra faire le deuil du père, et surtout ranimer cette amitié sans nom et sans faille avec Bruno l’irréductible, resté fidèle à la montagne, à ce garçon sauvage qui sommeille en lui.
Paolo Cognetti fait monter une tension terrible lors des retrouvailles des deux jeunes hommes que tout semble séparer, milieu social et culturel, vie affective. Attirance des contraires, entre le rural et le citadin, la magie va encore opérer. Partager une utopie, réhabiliter une cabane tout là-haut, y vivre, y faire de l’élevage. Comme jadis. La belle histoire. De défi en entêtement, d’illusions en renoncements, le roman vire alors crescendo dans une dramaturgie troublante. Il nous révèle sans ménagement la disparition d’un monde, celui qui semblait si authentique, si harmonieux. Broyé par une machine en marche que l’on peut nommer modernité, tourisme de masse ou tout simplement libéralisme, Bruno le trop pur ne capitulera pas.
La montagne – sa beauté, sa cruauté – tient un rôle de première classe dans cette tragédie du contemporain. Mieux qu’un hymne à la nature, ces Huit montagnes réhabilitent le silence, la solitude, deux espèces en voie de disparition : « Ce que je tenais à protéger, c’était ma capacité à rester seul. Il m’avait fallu du temps pour m’habituer à la solitude, en faire un lieu où je pouvais me laisser aller et me sentir bien… »

Martine Laval

Les Huit Montagnes, de Paolo Cognetti
Traduit de l’italien par Anita Rochedy, Stock, « Cosmopolite », 300 pages, 21,50

L’appel sauvage Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°186 , septembre 2017.
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