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Poésie Jack in the box

février 2018 | Le Matricule des Anges n°190 | par Christine Plantec

Le dernier opus de Christophe Manon est un grand éclat de rire (jaune). Son personnage est tout de guingois, dans son corps, dans la pensée et dans la langue. À en perdre les mots.

Vie & opinion de Gottfried Gröll

Mon nom est Gröll. Gottfried Gröll. Je penche. » Premier vers d’un triptyque poétique, celui qui emprunte à James Bond son gimmick n’aura de cesse de causer, comme si c’était là tout ce qu’il savait faire, causer en empruntant les mots des autres, en déplaçant, en détournant des expressions, tendre clown blanc jongleur de mots : « gâchis parmentier/ mouche cousue/ blanc comme beige »… Le mille-feuille intertextuel est dense. On s’y perdrait presque. Mais quel enchantement.
Manon s’amuse drôlement de Gröll, peut-être même le pousse-t-il un peu de l’index pour qu’il file en éclaireur sur la grande scène du monde. Gröll ne doute pas, n’a pas de crainte surtout lorsqu’il s’agit d’enfoncer des portes ouvertes qu’il fracasse après avoir pris parfois un élan spectaculaire… ou pas ! « Le froid c’est quelque chose qui glace. Quand/ on a froid on a froid. On dit ça pèle quand ça gèle ». Très bien, très bien ! Il est comme ça, Gröll. C’est le Plume de Michaux qui voyagerait dans sa tête ou le personnage plus caustique, plus effaré de Lointain intérieur qui face à l’épreuve du réel ne saurait plus quoi faire des « animaux (qui) poussent dans la sueur » ou de la lecture « des feuilles/ de chou fabriquées à partir de potage d’idées en sachet ».
Gröll pense comme il penche : « Parfois il y a/ des décisions unilatérales et ça crée du désordre/ dans le point central qui est le siège de l’esprit/ postérieur P avec une grande prolixité de/ confusion. (…) Ce qui n’est pas toujours très efficace./ Gröll pense sans y penser ». Les opinions pleuvent sur l’amour, le sexe, Dieu, la famille, la ville, le racisme, la pauvreté, le temps qu’il fait, les couleurs, etc. L’auteur s’en amuse en jouant des déclinaisons. Nonsense britannique ou causticité pince-sans-rire à la Lichtenberg, Vie & opinions… est un cheval de Troie qui tend le miroir de l’époque : « Au journal/ tévé se succèdent des reportages sur des pauvres qu’on appelle/ SDF pour rassurer et sur les crustacés canards chapons et/ autres consommations de bouffe en attendant une catastrophe/ modèle tsunami qui fasse pleurer dans les chaumières// et vider un peu plus le porte-monnaie de solidarité frelatée ».
On se laisse emporter par la verve et l’énergie du texte : une mathesis diabolique dont la logique spécieuse élabore le poème à mesure. Rien que 99 onzains, soit 999 vers répartis en diptyque auquel s’ajoutent des fragments. Comme l’affirme le personnage éponyme, tout cela « n’est qu’une gesticulation de concepts/ avec les bras alors que l’infini mathématique/ se tient à distance de la communauté/ des ornithorynques jaseurs ». Bien envoyé !
Le livre de Christophe Manon égraine les ratiocinations d’un crétin sympathique. Une esthétique du collage dont Gröll est l’idiot et qui permet au lecteur de recoudre avec son idiot intérieur, celui qui s’exprime en chacun ou attend son heure pour sortir de sa boîte.
Gröll et sa sonorité caillouteuse, c’est aussi l’idiotie du poème : « c’est exprimer des pensées qui ne sont pas celles du putois ou du kakatoès mais qui se rapprochent plutôt de l’homme qui se cache derrière l’homme » apprend-on à la fin de l’ouvrage.
Alors comment savoir de qui Gröll est le nom ? Pseudonyme de l’auteur, personnage fictif, autofictif, doublure littéraire du poète, avatar de Tristram Shandy dont le titre est un écho sonore au roman de Sterne ? Le poète juste avant de disparaître en coulisse déclare que « Gröll c’est le pantin qui fait le clown/ juste derrière mon dos. Quand/ il s’éveille je me rendors et j’attends/ ma sortie ». On s’en doutait un peu.

Christine Plantec

Vie & opinions de Gottfried Gröll,
de Christophe Manon
Dernier télégramme, 107 pages, 13

Jack in the box Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°190 , février 2018.
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