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Domaine étranger Promotion des histoires

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Éric Dussert

Scénariste hors pair, le Grec Dimìtris Nòllas excelle à raconter les épisodes heurtés de la vie des uns et le cheminement des autres.

Les Histoires sont toujours étrangères

Dimìtris Nòllas est assez connu des cinéphiles : il était avec Tonino Guerra le co-scénariste de L’Apiculteur, le film de Theo Angelopoulos où Marcello Mastroianni cassa la baraque une nouvelle fois en 1986. Ça n’est pas la seule incursion de Nòllas dans le monde du cinéma : en 1993 il a inspiré au réalisateur Nikos Panayotopoulos un autre film, Je rêve de mes amis, dont le moteur reposait sur plusieurs de ses écrits – des récits que l’on retrouve aujourd’hui parmi Les Histoires sont toujours étrangères. Tandis que paraît en Grèce une édition intégrale de ses nouvelles, Dimìtris Nòllas méritait de nous solliciter à nouveau. D’autant que les occasions ont été rares depuis 1993 et son recueil de nouvelles Une peau douce, jusqu’à la publication en 2017 à l’enseigne de la librairie Desmos du roman Le Retour en Grèce. Ce raconteur magistral trouve peu à peu sa place chez les lecteurs francophones.
Dans le film de Panayotopoulos, Kyriakos, le personnage principal, évoque des épisodes de son existence qui nous apparaissent en toutes lettres dans Les Histoires sont toujours étrangères  : il tente de vendre ses encyclopédies aux soldats de l’otan et arnaque un imbécile, il traverse le pays avec un camionneur mal embouché et, au bout de sa route finit par trépasser – comme l’apiculteur d’Angelopoulos finalement – alors qu’il discute avec deux compères dans les toilettes, ce haut lieu des songeries où l’humanité se regarde telle qu’elle est.
L’anthologie d’Hélène Zervas et Michel Volkovitch se révèle très efficace car l’art de Nòllas, qui s’y trouve manifeste et brillant, ne laisse aucun doute : tout l’art de la nouvelle, concis, elliptique et au besoin brutal, en une mosaïque de textes gorgés de sucs existentiels amers où le désir croise le ratage, les illusions leurs sœurs désillusions et les destins inhabituels des parcours pas fameux. On y meurt même assez, à moins qu’on y attende la camarde, replié et patient, avide simplement d’histoires nouvelles, comme des enfants désespérément solitaires, désemparés par les rigueurs de l’âge adulte et des malaises qui ne se partagent pas. Un sacré memento mori au bout du compte.
Maître styliste, Nòllas est un grand compositeur de nouvelles. Elles ont l’air poussées à la diable sous une plume rapide, tout en révélant manifestement des constructions rigoureuses dans une langue nerveuse et très imagée. Ces récits en mouvement – il aime les déplacements – sont ceux d’un scénariste qui ne perd jamais ses images en route. Il use d’ailleurs avec brio des effets du road-movie, de l’aperçu intimiste ou du dialogue de circonstance pour maintenir une tension, un mystère qui poussent à enchaîner ses récits comme des bonbons Haribo. La comparaison n’est pas forcée car l’ironie acidule doucement son propos (il ne crache pas non plus sur l’humour frontal, ni sur la conclusion stupéfiante héritée de la nouvelle classique), tandis que ses images nerveuses prennent place dans des panoramas assez remarquables. Imaginez l’arrivée d’un jeune moine chez un garagiste à peine refroidi, lequel vivait à côté d’un champ de coquelicots et portait une combinaison de travail verte… « Pendant tout le temps qu’elle parlait, le moinillon n’avait pas ouvert la bouche. Et maintenant qu’elle avait fini, encore il ne dit rien, comme s’il attendrait d’être sûr qu’elle avait tout dit (…). Quand il s’éloigna, et disparut peu à peu dans ce manteau rouge d’où il était sorti, la femme sentit que le moinillon avait compris et savait bien qu’il y a toujours quelque chose qu’on ne dit pas. Elle ressentit un soulagement secret, une douceur dans son corps et une gratitude à l’égard de tous ceux qui savent, sans le dire, qu’on ne peut pas tout dire et que tout ne se fit pas. Pour qu’il reste toujours quelque chose des paroles volées et qu’on puisse éternellement penser à une autre, à une nouvelle histoire ». Une ferme incitation à désirer la suite des histoires de Dimìtris Nòllas.
Éric Dussert

Les Histoires sont toujours étrangères, de Dimìtris Nòllas, traduit du grec par Hélène Zervas et Michel Volkovitch, Le miel des anges, 120 pages, 12

Promotion des histoires Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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