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Égarés, oubliés La Rose de Philippeville

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Éric Dussert

Originaire d’Algérie, Rose Celli, amie de Giono et de Simone Téry est une des fondatrices de la collection du « Père Castor ».

Rose Celli, de son véritable nom Rose Brua, est née à Philippeville, en Algérie, en 1895 d’une mère sicilienne et d’un père algérien. Une enfance pleine de rêves, de fraîcheur et d’émotions, comme elle la décrira dans L’Envers du tapis (Gallimard, 1935). C’est dans une lettre de Louis-Daniel Hirsch, de la maison Gallimard à Jean Giono, datée du 22 décembre 1934, que l’on découvre le projet d’une demande de préface à l’auteur de Regain pour souligner les qualités d’un nouveau roman de Rose. Rose, qui a alors 39 ans, hésite un peu. Elle connaît Giono depuis longtemps et il vient de quitter son amie Simone Téry. Elle n’est pas sûre que son nom doive apparaître sur son livre car elle ne souhaite pas de bisbille avec Simone… Deux ans plus tôt, Hirsch avait trouvé un premier manuscrit de Rose transmis par Giono « une chose vraiment très très belle ». Les délais d’édition étaient alors très courts. On passait du manuscrit au livre en quelques semaines : Giono envoie Isola en mars 1932 à Hirsch, le livre « magnifique » paraît à l’automne. Comme il l’avait déjà fait pour une autre amie, Maria Borrély, Giono s’est institué passeur. Rose et lui étaient des amis communs des Borrély et de Lucien Jacques, le graveur-éditeur-traducteur de Moby Dick
À l’époque de la parution d’Isola, Rose n’est plus une débutante : elle a déjà publié des comptes rendus de lectures dans Europe, des poèmes, et même obtenu le prix de la Liberté 1929 pour un conte (« Bateau de Pierre ») – sa bibliographie mentionne aussi Comme l’eau et Le Châle indien, une fantaisie aérienne que l’on a jugé de la même veine que les écrits de l’Irlandais James Stephens. Elle est aussi l’auteure d’une pièce en un prologue et trois actes, L’Enfant voilé, qui a été présenté lors de l’Exposition de l’Art dramatique au théâtre Albert-Ier le 2 avril 1932…
Le 22 juin 1929, son amie Simone rappelait l’époque où elle lisait les vers de Rose à l’école de Sèvres, vers 1919. Les deux femmes se destinaient à être institutrices. « Elle avait l’air d’une Norvégienne, cette fille d’Algérie, avec son corps frêle, son visage délicat et nacré, et la gerbe d’or de ses cheveux qui tirait en arrière sa tête menue. Avec cela une gracieuse gaucherie paysanne, qui rattachait à la terre, cette princesse des fées. » Une sourde ardeur l’habitait. L’un de leur professeur usait de cette image pour l’évoquer : « La lame use le fourreau ».
Rose se retira ensuite du monde après sa rencontre du peintre Elmiro Celli (1870-1958) dont elle a pris le nom. Dans un petit village de Normandie, de Provence ou d’Algérie. Un jour, elle finira par brûler tout ce qu’elle a écrit. À Paris, avec son compagnon, elle fréquentait les cercles littéraires de Natalie Clifford Barley ou bien encore le poète métaphysicien Oscar Milosz, puis à Nice celui du diplomate Maurice Prozor et de sa sœur la peintre Greta Prozor. Là, ils discutent avec l’alchimiste surnommé « le Veilleur », Henri Coton dont la figure transparaît dans son livre Comme l’eau. C’est Elmiro qui est passionné d’alchimie, Rose recopiant pour lui des traités classiques. Au point qu’on le surnomme parfois le « paysagiste mystique ». Et comme par hasard, Simone Ratel insistait sur le fait que toute l’œuvre de Rose tendait à « rendre transparente les choses cachées derrière les choses quotidiennes » (Nouvelles littéraires, 9 avril 1932).
Avec ou sans intervention magique, le roman de Rose, Isola, présenté comme un phénomène par Gallimard, casse la baraque. L’éditeur lance des encarts publicitaires sur ce ton : « Comme, dix ans plus tôt, on a lu Maria Chapdelaine ». Ce qui est une façon de dire que le livre est un gros succès et qu’il y est question d’une femme issue d’un territoire qui n’est pas franco-français. De fait, la famille de Rose Celli est originaire de Corse et son personnage principal, issu de la branche bourgeoise de la famille Aosti du village d’Oro, aux alentours de 1850, incarne la femme corse. Isola épouse un homme qu’elle n’aime pas parce qu’elle croit répondre à la volonté des morts, au secret et impérieux appel des familles mais sa vie se brise lorsqu’elle perd son enfant et elle quitte l’île pour se replier en Algérie, loin des montagnes où elle se meurt auprès d’un cousin auquel rien ne l’attache.
À partir des années 1940, Rose Celli se consacre à la traduction et aux contes pour enfants. Elle devient l’une des fondatrices de la collection du « Père Castor » aux éditions Flammarion pour lesquelles elle adapte les classiques du monde entier. On connaît sa version de Boucle d’or et les trois ours ou de Baba Yaga… Typique de sa manière douce, celle qu’elle montrait déjà dans ses contes antérieurs, ou dans Le Châle indien qui avait le « don du merveilleux » – on comparait son art à celui de L’Enfant de la haute mer de Jules Supervielle. Toute proche de l’eau, Rose Celli s’est éteinte en 1982 sous le soleil de Saint-Paul-de-Vence.

Éric Dussert

La Rose de Philippeville Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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