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Histoire littéraire Un fol en livres

avril 2018 | Le Matricule des Anges n°192 | par Richard Blin

Lucrèce Luciani fait revivre saint Jérôme, une sorte de Borges du IVe siècle entièrement voué au culte de l’Écriture.

Le Démon de Saint Jérôme : L’ardeur des livres

Allègre, savant et savoureux le livre que Lucrèce Luciani consacre à l’amour inextinguible de la littérature qui habitait Jérôme de Stridon – Hieronymus Stridonis (vers 347- 420) –, le futur canonisé, le traducteur de la Bible en latin – La Vulgate – le « Patron des traducteurs », comme l’appelait Valery Larbaud. Hanté, dévoré par son appétit littéraire, il ne pouvait se passer ni de ses livres ni de sa bibliothèque. Mais qu’était-ce qu’un livre à cette époque, celle où le parchemin gagne sur le papyrus, où le codex, avec ses feuillets assemblés et sa facilité de manipulation, commence à détrôner le volumen, ce rouleau qui peut atteindre plusieurs mètres et exige les deux mains pour être déroulé. À partir de deux passages d’une lettre, l’un où Jérôme rêve que Dieu ordonne qu’on le flagelle pour avoir préféré la lecture de Cicéron à celle des Évangiles, et l’autre où il décrit ses tourments et visions lors de sa retraite au désert, et en utilisant l’iconographie qui le montre soit en érudit penché sur son pupitre, soit en pénitent dans son désert, Lucrèce Luciani fait revivre Jérôme tout en nous contant ce qu’il en était – en ces temps de prémices d’une civilisation de l’écrit – des bibliothèques, des scribes, des lecteurs.
La vie de saint Jérôme est celle d’un érudit profane devenu savant chrétien après une conversion sans révélation ou vision foudroyante. Il se définit comme philosophe, rhéteur, grammairien, dialecticien, connaît le grec, le latin, le chaldéen, le syriaque, apprend l’hébreu, « langue sifflante et haletante », sous la férule d’un frère juif converti. Son ardeur est incroyable. Il copie, annote, traduit. « Cueillir, glaner, rassembler, choisir, recueillir, lire. » Ses lectures, souvent, fructifient en écriture. Plagiant à qui mieux mieux, mélangeant allègrement ses idées à celles des autres, il adapte, adopte, « sans bien sûr rien rendre à César ». Sa pensée, il la dicte à un « tachygraphe », « un capteur de mots, un enrouleur de la langue », une sorte de sténographe qui, assis par terre, le style à la main, écrit sur ses genoux. « Avec Jérôme, ça ronfle, ça mugit. » Les phrases sont lancées à la volée et retranscrites aussi vite sur les tablettes. Il faut imaginer la graphie de l’époque, la « scriptio continua » : il n’y a aucun espace entre les mots, les phrases, les paragraphes, ni aucune ponctuation. On lit à haute voix les textes collationnés par le copiste, qui, quelquefois, ne comprenant rien à ce qu’il doit transcrire, invente, ajoute, change pour que le texte devienne plus clair, c’est-à-dire d’abord pour lui-même.
En ressuscitant cette « furor littéraire qui s’abat comme une trombe sur le bassin méditerranéen des premiers siècles de notre ère », et en nous faisant voyager dans l’histoire du livre – on apprend qu’un temps, le livre fut enchaîné obligeant le lecteur à se déplacer vers lui ou que les bibliothèques ont leur protecteur attitré, sainte Wiborade, « la conseillère des femmes » –, c’est un peu la propre fureur de Jérôme que l’auteur met en exergue, ses diatribes, ses emportements, ses jugements à l’emporte-pièce. « Grand châtreur » de la littérature profane et grand pourfendeur de la poésie, de la philosophie et de la musique, Jérôme règne aussi sur un aréopage féminin, dirigeant les consciences, les vies, les lectures. « Il veut la femme mais il la veut blême, soumise, servante, enfermée, chaste. » Son délire ascétique est le même que sa folie de lire, de connaître entièrement l’Écriture, de ne vivre que pour « sa chair compagne », sa bibliothèque, sa seule raison d’être.

Richard Blin

Le Démon de saint Jérôme, L’ardeur des livres, de Lucrèce Luciani

La Bibliothèque, 144 pages, 14

Un fol en livres Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°192 , avril 2018.
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