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Théâtre Les libéraux repentis

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Laurence Cazaux

La fin du capitalisme envisagée comme une émission de télé-réalité.

La Bonne Nouvelle est le dixième et dernier épisode d’un feuilleton théâtral commencé en 1999 par Benoît Lambert, (aujourd’hui directeur du Théâtre Dijon Bourgogne, centre dramatique national) autour de cette question singulière : pour ou contre un monde meilleur ? Benoît Lambert a passé commande d’écriture à François Bégaudeau pour la deuxième fois (la première a donné le texte La Devise, une pièce pour les lycéens autour de la devise française : Liberté, Égalité et Fraternité).
Avec La Bonne Nouvelle, nous sommes en direct dans une émission de télé-réalité. Un animateur, Patrick, chauffe la salle. « Vous allez bien ? Moyen, hein ? Ben oui, c’est sûr, ça va moyen. (…) Y a comme un malaise, comme une gêne. Y a le corps qui dit : “C’est pas ça. C’est pas ce que je veux. C’est pas cette vie que je veux” ». Puis, après avoir énuméré les fausses solutions auxquelles on se raccroche tous – la consommation, la famille et ses barbecues, le travail et les vacances –, Patrick conclut : « Mes chers amis, nous venons au-devant de vous ce soir, parce que nous avons connu cet égarement. Comme vous, nous croyions résoudre le réchauffement climatique en achetant des parasols. Ou nous consoler d’un deuil en avalant une pizza. Comme vous, nous nous sommes mépris sur la cause de nos maux (…) Mesdames et messieurs, bienvenue dans La Bonne Nouvelle ».
Cinq personnages entrent alors en scène, ce sont des libéraux repentis. Il y a Simon, diplômé d’une école de commerce, spécialiste en restructurations et plans sociaux. Madeleine, sortie de l’ENA, qui après de hautes fonctions dans l’administration française est passée dans le privé. Jeanne la féministe qui trouve dans le capitalisme le moyen d’affirmer un espace neutre entre les hommes et les femmes. Marthe dans la finance. Et Luc, décrocheur scolaire mais vendeur de génie. En les interviewant, Patrick cherche à démontrer pourquoi le libéralisme produit autant de défenseurs zélés. Luc, lui, parle du plaisir de l’affrontement : « Si t’as pas le leadership comme objectif, tu sors du lit pour quoi le matin ? Pour pisser, c’est tout. Et une fois la petite goutte essuyée, tu te recouches. Comme un crevard de chômeur. » Mais vers la moitié de la pièce, les personnages vont confier ce qui les a fait décrocher du système. Dans des séquences émotions très appuyées, on est sur un principe de télé-réalité, de nombreux procédés des entreprises sont passés au crible comme le séminaire, le team building ou le corporate.
La dramaturgie télévisuelle de la pièce est très ludique, avec les séquences confessions qui alternent avec les jeux, les annonces publicitaires, les tweet en direct d’auditeurs supposés ou les rires enregistrés. Nous sommes dans une comédie. Ce show télévisé prend des allures de réunions de croyants ou de drogués repentis. Le libéralisme est quasi présenté comme une religion. Patrick déclare de façon très solennelle : « Mesdames messieurs, cet homme (Luc) a été trahi dans sa croyance. Une promesse lui a été faite qui n’a pas été tenue. Cet homme a cru que le capitalisme moderne nous faisait passer d’une société d’obéissance à une société de liberté, une société où la créativité remplace l’autorité » pour certifier qu’il est enfin sorti de cette croyance ! La Bonne Nouvelle envisage la fin du capitalisme. « Bill Gates dit que dans vingt ans, l’emploi sera l’exception./ Et c’est une bonne nouvelle !/ Il n’y aura plus de salaires./ S’il n’y a plus de salaires, il n’y a plus de pouvoir d’achat./ S’il n’y a plus de pouvoir d’achat, il n’y a plus d’acheteurs./ S’il n’y a plus d’acheteurs, il n’y a plus de marché./ Il n’y a plus de croissance./ (…) Et c’est une bonne nouvelle ! »
Voilà un théâtre politique et jubilatoire, avec une grande mise à distance qui nous permet de rire et de réfléchir à la fois, et un côté forain, bluffeur et arnaqueur qui donne à l’ensemble un côté foutraque et sérieux. Réjouissant. Laurence Cazaux

La Bonne Nouvelle,
de François Bégaudeau
Les Solitaires Intempestifs, 160 p., 15

Les libéraux repentis Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
LMDA papier n°193
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