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Domaine français D’autres vies que la leur

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Anthony Dufraisse

Deux textes abordent, chacun à sa manière, la question migratoire.

Exploration du flux

Terminus Schengen

Migrants, réfugiés, « forçats de l’exil »… celles et ceux qui viennent de si loin jusqu’en Europe nous forcent la main. Bousculant notre douillette réalité, dérangeant notre confort intellectuel, ils s’imposent à nos imaginaires, impriment profondément nos consciences culpabilisées. Preuves en sont deux nouveaux livres, parmi beaucoup d’autres – toujours plus – sur le sujet, qui embrassent chacun à leur manière cette problématique brûlante de chair et d’os, de larmes et de sang : Exploration du flux et Terminus Schengen, respectivement de Marina Skalova et Emmanuel Ruben.
À l’origine du premier il y a, mêlées, la colère et l’impuissance devant une réalité médiatique sans cesse plus omniprésente et dont il faudrait, pour tenter de se l’approprier, traduire l’impensé, les souterraines logiques à l’œuvre. Au principe du second on trouve une indignation qui peu à peu va prendre la forme d’une incantation historico-poétique. Ces deux jeunes écrivains – elle est née en 1988, lui en 1980 – abordent donc les choses différemment même si le constat de départ est partagé, celui d’une Europe cadenassée, (ver)rouillée, bunkerisée. Une Europe à tous points de vue « forteresse », mot qui revient d’ailleurs d’un livre à l’autre. « Les moutons blancs, on les laisse migrer et transhumer librement. Les moutons noirs, il faut les reconduire à la frontière et leur construire des camps », écrit Skalova, qui chronique ce flux d’images montrant un flot d’hommes errants, « quelque chose qui coule ». L’image du camp habite aussi les pages de Ruben qui voit, au cœur de l’Europe centrale, « ces fils de fer barbelés/ces fossés moyenâgeux/ derrière les miradors plantés dans les champs comme des échassiers ». Passé une cinquantaine de pages, l’entreprise d’intellectualisation de Marina Skalova va tourner court, comme à court, oui, d’énergie et d’arguments. S’impose à elle l’échec de la langue à se confronter à ce réel-là, si proliférant : « ce que peut la littérature face à ce présent/pas grand-chose sûrement ». La tentative d’élaborer un discours un tant soit peu construit s’effrite d’un coup, s’éboule en fragments. Se fait alors entendre une poésie incertaine et heurtée, proche en cela des vies égarées sur les routes, déroutées face à tant et plus d’hostilité. Livre au titre programmatique, Exploration du flux se détourne donc de son intention initiale, comme submergé, débordé par son sujet : « peut-être juste un échec peut-être juste une tentative peut-être juste la trace d’avoir essayé avoir essayé de dire avant les vagues avant leur retour ».
Plus habité, plus incarné, car Ruben traversant le cœur de l’Europe y croise ceux qu’il appelle des « êtres ramifiés », Terminus Schengen arrive, lui, à dépasser ses prémices par une imprégnation lente dont paysages et silhouettes sont les points de contact inspirants. Au fur et à mesure de son voyage résonne en l’auteur, sans cesse plus vive et plus impérative, une « voix plurielle », « la voix qui chuchote dans tes entrailles ». Il n’a pas la prétention de se faire le porte-voix des « pionniers du monde qui vient », mais de s’en faire l’écho, à l’écoute, simplement : « tu te sens glisser dans la peau d’un passeur/contrebandier, clandestin, migrant, fuyard, rôdeur furtif/tu entends mille autres voix que la tienne pousser à l’intérieur de toi », ressent-il continûment. Les passages en italique matérialisent cet envoûtement progressif, une sorte de possession consentie qui lui fera délivrer sinon un message d’espoir, du moins un vœu. Celui de voir l’Europe retrouver « le sens de la métis et de l’hospitalité » et exorciser « ses vieux démons », celui de voir l’Histoire s’engager dans la voie d’une créolisation désirée. Un texte touchant qui en appelle a une Babel heureuse.

Anthony Dufraisse

Exploration du flux, de Marina Skalova Seuil, 67 pages, 12
Terminus Schengen, d’Emmanuel Ruben Le Réalgar, 58 pages, 14

D’autres vies que la leur Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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