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Domaine français Ce qui nous lie

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Thierry Guichard

Vigneronne dans l’Hérault, ancienne journaliste, Catherine Bernard évoque ce qui lui a fait quitter le journalisme. Pour devenir écrivain ?

C’est une passionnée. De littérature, de livres, de journalisme. Au point d’avoir fondé à Nantes, il y a quelques années son propre hebdomadaire. Aventure utopique à laquelle peut-être notre époque n’était pas prête. Catherine Bernard débarque à Montpellier en 1999, correspondante pour Libération. Elle découvre, comme elle l’écrit dans Une place sur terre qu’on fait du vin dans le Languedoc.
Ce deuxième récit (le premier évoquait son installation mouvementée comme vigneronne au pied du Pic Saint-Loup) s’ouvre avec le 11 septembre 2001. Quelques jours après les attentats, les Américains arrêtent Zacarias Moussaoui. Le jeune homme est originaire de Narbonne, Libération demande à sa correspondante de retrouver sa mère, de l’interroger. Elle s’appelle Aïcha El Wafi et c’est une des trois rencontres qu’évoque le livre : « J’étais la première à qui elle parlait. Elle m’avait finalement ouvert la porte parce que je n’avais pas comme les autres une artillerie de magnétophones, de caméras et d’appareils photo mais un simple cahier, et j’avais une bonne tête. » Ç’aurait pu être un sacré scoop, mais Catherine Bernard est de la race de ceux qui traquent « les parts d’ombre que recèle toute vérité ». Les deux femmes se parlent, se revoient, et nouent une relation qui durera deux ou trois ans. L’histoire d’Aïcha et de ses enfants déploie peu à peu sa complexité. Catherine Bernard écrit plusieurs articles sur Zacarias : « Aucun n’a atteint la complexité profonde que revêt la vie. » On y entend seulement qu’on ne peut pas, sans se perdre, habiter des fables : celle qu’Aïcha a construite pour offrir à ses enfants le meilleur de la vie dans un pays qui leur refusera trop souvent une place. Celles dont on hérite et celles qu’on accepte d’épouser quand elles désignent où est le bien, le mal, et les cibles à abattre.
La deuxième rencontre primordiale est celle d’un assassin. En octobre 2003 la journaliste assiste au procès de Cédric Bellec. Le jeune homme a tué sauvagement son père et sa mère adoptifs. Il a une gueule d’ange, il est un enfant de la DDASS et ce que la journaliste va entendre de sa vie a de quoi faire hurler. Comment rendre compte de cette vie à laquelle manque l’essentiel : l’amour ? Il y a des pages qui sidèrent : « la vérité a quelque chose d’aveuglant. » Cette deuxième partie, la plus bouleversante, est dédiée à la mère assassinée et l’on y entend la faillite de toute une société. « Ne trouvant plus les mots pour dire les sentiments, n’est-on pas en train de perdre les sentiments eux-mêmes ? » Poser la question c’est y répondre : « La communication a instrumentalisé le langage. » Cette mère assassinée a un nom programmatique : Aimée Narré. Ces vies que Catherine Bernard raconte, il lui est désormais impossible d’en trahir le sens en les couchant en trois mille signes sur papier journal. Exit le journalisme. La troisième rencontre, qui clôt le livre est celle d’une agricultrice en Cévennes qui a réussi, en s’accordant au paysage qui l’entoure, à faire revivre une terre en voie de désertification. Sur cet exemple, Catherine Bernard a déposé les oripeaux du journalisme pour aller écrire une autre histoire, la sienne, avec des ceps de marselan et de carignan, avec ses vins du Languedoc où l’on entend couler la Loire. Et pour trouver une langue apte à éclairer toutes les parts d’ombre du monde.

T. G.

Une place sur Terre,
de Catherine Bernard
Le Rouergue, 126 pages, 14,80

Ce qui nous lie Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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