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Domaine étranger Les noces de la tyrannie

mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Catherine Simon

Avec Le 33e mariage de Donia Nour, cauchemar burlesque, le facétieux Hazem Ilmi dénonce le totalitarisme religieux.

Le 33ᵉ mariage de Donia Nour

Donia Nour n’a pas le choix. « Pute un jour, pute toujours », lui lance l’ignominieux Zulkheir, un cheikh à la sexualité et au vocabulaire d’une égale pauvreté. Nous sommes en Égypte, en l’an 2048. Zulkheir et ses pairs, clique de mâles ventripotents, tyrannisent le pays au nom de l’Islam. Ordinateurs, caméras et robots sont au service de la dictature. Durant la journée, les « GM » (Gardiens des Mœurs) guettent le contrevenant, tandis que, chaque nuit, des messages publicitaires, vantant, par exemple, les bienfaits de la lessive « MusliClean », sont déversés dans les cerveaux des ouailles endormies, le flot subliminal ne s’arrêtant « que pour l’adhan – l’appel à la prière ».
L’Égypte s’est transformée en prison. Ses 124 millions d’habitants ne connaissent qu’un slogan : priez et consommez ! Donia Nour rêve de s’échapper. Mais il lui faut de l’or pour payer les passeurs. Prostituée à la mode islamique, elle épouse régulièrement des hommes fortunés, le mariage étant annulé sitôt touchée la « dot ». À chaque mari/client, elle doit se faire refaire l’hymen. Routine ou presque. Jusqu’au soir de son 33e mariage, quand les choses tournent mal… Donia la fuyarde va devenir, quasi contre son gré, l’emblème de la révolte.
Cauchemar burlesque et réjouissant, Le 33e mariage de Donia Nour, premier roman d’Hazem Ilmi, qui a vécu au Caire jusqu’en 2014, est l’une des belles surprises du printemps. Le 33e mariage… n’est pas un livre de science-fiction – et c’est un de ses points forts. D’ici à 2048, il n’y a que trente ans d’écart : on ne bascule pas dans l’inconnu. Même les extra-terrestres et leur « lumière verte », glissés dans le récit, ont quelque chose de familier. En guise de stylo, Hazem Ilmi tient une loupe. Malin !
Le miroir grossissant, qu’invente le romancier pour décrire son Égypte natale et le désastre qui la menace, reflète, en l’amplifiant, un processus déjà à l’œuvre sous la présidence d’Hosni Moubarak (1981-2011) et qui s’est aggravé depuis l’accession au pouvoir du maréchal al-Sissi, en juillet 2013 : la montée d’une vague islamiste, capable de tout emporter, des espérances démocratiques du « printemps arabe » aux chansons d’Oum Kalthoum, sans oublier les pyramides, constructions impies… Mais pour ça, il faut un peuple aliéné, obéissant, shooté de préférence au Livre et au shopping. Écoutons l’infâme et rusé Zulkheir (qui « connaissait Karl Marx et savait qu’il avait tout faux ») : « L’opium du peuple, ce n’était pas la religion, mais la consommation. Si le système parvenait à lier les deux, alors la drogue obtenue ne perdait nullement son effet avec le temps. Elle provoquait une irrésistible dépendance ».
Hazem Ilmi, comme le savant et insolent Ostaz, l’un des deux personnages principaux du roman, connaît George Orwell et son prémonitoire 1984. Et sans doute a-t-il lu aussi l’essai de l’historienne Sophie Bessis, La double impasse, l’universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand (La Découverte, 2014) ? À vrai dire, on ne sait pas grand-chose de l’auteur, sinon que c’est un scientifique, un « neuroscientifique » précise-t-on, et qu’Hazem Ilmi est un pseudonyme. Ce qui est sûr : Le 33e mariage… est l’œuvre d’un Égyptien. Qui connaît donc – de l’intérieur – l’Islam et ses fanatiques. Preuve que le monde musulman, loin d’être soumis et monolithique, sécrète lui aussi ses esprits libres.
Dernier point fort et pas des moindres : sans être d’une écriture follement originale, ce brûlot rigolo se lit comme un scénario de série. Il ne finit pas mal et commence sur les chapeaux de roues : « Dieu était au volant ». Un roman à contre-Coran…

Catherine Simon

Le 33e mariage de Donia Nour, de Hazem Ilmi,
traduit de l’allemand par Hélène Boisson,
Denoël, 368 pages, 20,90

Les noces de la tyrannie Par Catherine Simon
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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