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mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Pierre Mondot

Manu débarque aux USA, invité par Donald. Trois jours de poignées de main viriles et de franches accolades, achevés par une brève séance d’épouillage. À Mount Vernon, demeure historique de George Washington, on rejoue Brokeback Mountain. Interrogé sur ces effusions, Macron répond s’être plié aux us de son homologue (quand président content, lui toujours faire ça). Si l’on se fie à ce qu’en écrit Hollande dans Les Leçons du pouvoir, il apparaît pourtant que notre représentant partage avec Trump, en plus de la politique fiscale, un goût certain pour la manipulation : « Enjoué, tactile, il a le tutoiement facile et une tendance à embrasser ses visiteurs comme du bon pain, y compris Pierre Gattaz qui n’en demandait pas tant, ce qui ne laisse pas à chaque fois de me surprendre. »
Six ans plus tôt, reçu à Camp David, l’ancien chef de l’État se confrontait déjà à ce penchant américain pour les mises en scène : « Obama me voyant arriver plaisante sur ma cravate, que j’ai conservée alors que les autres chefs d’État ont revêtu une tenue moins formelle. Je me suis toujours gardé de cette fausse décontraction pour aborder les questions les plus brûlantes du monde. Comme si la cordialité tenait à un attribut vestimentaire. »
Barack Obama. Parlons-en. Tellement cool. Un Nobel de la paix conquis sur son seul charisme. Une coquille vide, en réalité : « la chaleur qu’il fait partager à des foules et cette simplicité souriante (…) s’effacent dans des réunions plus intimes (…). Il n’aime guère se confier et encore moins exhiber ses sentiments. Il est un convive amical mais sur la réserve. (…) Il ne finit jamais ses desserts et, quand je lui fais servir un plateau de fromages, il coupe précautionneusement un petit bout de chèvre qu’il abandonne ensuite sur le bord de son assiette ». Inutile d’espérer une intervention en Syrie de la part d’un type que tétanise une portion de chabichou. Tout le contraire d’un Poutine, qui au moins a l’air de ce qu’il est, un méchant échappé d’un James Bond  : « tout en muscles et en mystère(…) froid et déterminé, imprévisible, et délicat », négociant le partage de l’Ukraine une bouteille de vodka à la main.
Dans la galerie de portraits des dirigeants internationaux, celui de l’Italien Renzi peut en rappeler un autre : « Il est le plus jeune parmi nous. Ce qui, à ses yeux, lui donne des droits supplémentaires. Il croit que son charme qui est réel et sa faconde peuvent tout balayer. Il est à la mode dans son pays où il promet une réforme par mois et même une révision de la Constitution. Elle aura finalement raison de lui. Il ne le sait pas encore. »
Aux hâbleurs dont pullule la classe politique, l’ancien secrétaire du PS préfère les modestes, ceux dont l’efficacité ne s’évalue pas au tapage, à l’image d’un Ayrault ou d’un Cazeneuve, « parlant à voix basse pour mieux se faire entendre », usant d’un téléphone à clapet « qui semble appartenir à une ancienne génération de portable dont je ne savais plus qu’elle était encore en service ».
Au soir du 6 mai 2012, plaçant au pouvoir un homme dont la rondeur et la dignité rappelaient les personnages de Sempé, on s’imaginait que les Français avaient franchi un cap. L’intronisation de Marcellin Caillou à l’Élysée semblait marquer le seuil de la maturité démocratique, laissant loin derrière l’ère de la monarchie républicaine et son cortège d’hommes providentiels. Personne ne contestera que la normalité fut une promesse tenue. Moi, Président : sur la virgule de cette anaphore, qui séparait l’homme de la fonction, Hollande s’est maintenu jusqu’au bout, prouvant qu’on pouvait gouverner sans la paranoïa du précédent, ni la mégalomanie du suivant. Au soir de l’élection, les flonflons du petit bal de Tulle inquiétaient moins que la pompe de la pyramide du Louvre.
Dans la dernière année du quinquennat, Philae, le labrador élyséen, mit bas. Aussitôt, le service de communication suggéra de laisser la presse immortaliser la portée. Fidèle à ses principes, le maître déclina la proposition : « Les chiens aussi, pour moi, ont droit à leur vie privée. »
Les médias lui tinrent rancune de cette aversion pour la publicité. Flanby, Pépère, le mou, les commentateurs auront au long de son mandat massivement labouré le champ lexical de la flaccidité, l’analyse politique dépassant rarement la lecture morphologique : « le succès éditorial supposait de me représenter avec une montre à l’envers, le cheveu décoiffé, le regard perdu ou la cravate de travers. »
Le dernier chapitre du livre semble esquisser un programme électoral. On se prend à rêver, le printemps y invite. Hollande de retour en 2022. Et le 8 mai prochain, Les Herbiers vainqueurs de la Coupe de France.

Pauvre com Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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