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Domaine étranger Ces loups de la forêt

juin 2018 | Le Matricule des Anges n°194 | par Lionel Destremau

Roman âpre et lyrique, situé au cœur des Appalaches, Le Miel du lion est aussi un réquisitoire contre l’Amérique capitaliste.

Beauté de la prose et descriptions saisissantes »… c’est une citation de Ron Rash qui accompagne la quatrième de couverture du premier roman de Matthew Neill Null, et ce n’est sans doute pas un hasard, tant on peut effectuer quelques parallèles entre les deux auteurs, notamment avec Serena (de Rash) qui, tout comme Le Miel du lion, situe son histoire au cœur des grandes forêts américaines et des exploitations forestières. Mais là où Rash offre le portrait d’un couple (et particulièrement d’une femme aussi belle qu’arriviste et cruelle) de riches propriétaires sans foi ni loi, Neill Null s’attache lui à ceux que l’on exploite sans vergogne, ces bûcherons surnommés « loups de la forêt » et leurs destins aussi sombres que singuliers.
Ils viennent de partout, foule cosmopolite, immigrés de première ou deuxième génération pour la plupart, pour rejoindre Helena, une petite ville de Virginie-Occidentale, au cœur des Appalaches, qui est passée de 200 à près de 9 000 habitants en quelques années. En 1904, la scierie emploie 4 000 ouvriers et bûcherons pour un salaire de misère. Des hommes risquant leur vie chaque jour dans l’enfer de forêts aux arbres millénaires qu’ils dépècent méthodiquement, dépensant leurs maigres ressources en alcool, jeux et prostituées dès qu’ils en ont l’occasion pour tenter d’oublier leur condition.
Là vont se mêler les parcours de plusieurs protagonistes, mais aussi leurs traditions, leurs croyances, leurs modes de vie, voire leurs préjugés ou leur racisme. Celui de bûcherons bien sûr, et particulièrement Cur Greathouse qui a fui la ferme familiale pour d’obscures raisons et qui, à force de brimades et d’épuisement, a rejoint les rangs d’un syndicat clandestin prêt à faire grève et à s’armer pour défendre leurs intérêts. Mais aussi d’autres figures de cette populace hétéroclite : Zala, prostituée slovène, qu’on dit veuve mais qui n’a de cesse de chercher le mari qui l’a quitté ; le pasteur Seldomridge qui survécut à la variole et, défiguré, crut trouver la foi avant de commencer à douter de Dieu et des hommes ; Grayab, un colporteur syrien humaniste passant de ville en ville, un syndicaliste italien redoutable, des policiers corrompus et bien d’autres. Toutes ces figures s’imbriquent dans une vaste valse tragique orchestrée par Neill Null, entre les rêves et espoirs de vie meilleure, les revendications révolutionnaires, les actes violents ou assassinats, et surtout les trahisons qui se multiplient, voyant disparaître un à un les meneurs de la lutte sous les coups tordus de la milice au service des industriels. Traîtres ou victimes, chacun devra payer le prix de la trahison…
Loin de n’être qu’un roman de nature writing, dénonçant la destruction quasi systématique de l’environnement aux États-Unis, Le Miel du lion est aussi un roman noir résolument politique, appuyant sur la marche du capitalisme sauvage à l’aube du XXe siècle et sur les luttes ouvrières oubliées de l’histoire américaine. Les propriétaires de l’exploitation et, pour tout dire, de toute la ville, sont deux sénateurs et un juge de New York qui gèrent l’affaire à distance sans s’embarrasser de questions morales. Tous trois survivants de la guerre de Sécession, ils représentent cependant l’image même de la réussite, revenus vingt-cinq ans après la guerre dans une forêt primaire où ils avaient combattu, ils ont tout créé à partir de rien, développant le chemin de fer, faisant travailler des milliers de personnes… Ces self-made-men si loués par la mythologie du succès à l’américaine font passer dans l’ombre, ici mais sans doute aussi ailleurs, une utopie révolutionnaire étouffée dans l’œuf avant même que de naître. Reste la fraternité poignante de ces hommes et femmes qui auront tenté de fédérer la misère contre ceux qui n’ont de cesse, aujourd’hui encore, de détruire pour s’enrichir.
« Une fois, il avait entendu un pasteur affirmer que la vie était une rivière étroite et pleine de périls qui séparait deux pays riches, mais Cur n’en était pas aussi sûr. Il pensait que ces deux pays pouvaient aussi être des terres blanches et arides, où personne ne parlait, ne prenait de décisions.  »

Lionel Destremau

Le Miel du lion, de Matthew Neill Null
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bruno Boudard,
Albin Michel, « Terres d’Amérique », 420 pages, 23

Ces loups de la forêt Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°194 , juin 2018.
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