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Poésie Le retour au chant

juin 2018 | Le Matricule des Anges n°194 | par Emmanuelle Rodrigues

Précurseur lors de sa publication, le livre de Salvatore Quasimodo demeure d’un intérêt majeur quant à la manière de traduire les textes antiques.

Loin de nous être inconnus, et même s’ils demeurent pour une grande part énigmatiques, ces lambeaux de textes parvenus jusqu’à nous à plusieurs siècles de distance, persistent à habiter nos imaginaires contemporains. Pour la première fois en français nous est proposée la traduction de textes de poètes grecs du VIIe et VIsiècle avant notre ère, que Salvatore Quasimodo entreprit de faire publier au début de la Seconde Guerre mondiale. En se fondant sur un choix issu de l’Antologia lyrica Graeca, d’Ernestus Diehl, éditée à Leipzig en 1925, l’écrivain italien en conçut une traduction qui suscita alors dans son pays de vives polémiques : il revendiquait le fait de ne pas tenir compte des contraintes de la versification, et de s’en affranchir tout à fait. En distinguant sa démarche de celle de l’historien de la littérature, Salvatore Quasimodo tient son pari, sa libre traduction n’en fait pas moins ressortir notre filiation à la littérature de l’Antiquité. Patrick Reumaux qui nous en livre à présent la sienne en français, explicite dans sa postface à quel point traduire consiste en une recréation qui porte à la connaissance du lecteur, une part encore ignorée du texte source. C’est donc ici un livre bilingue où l’italien et le français cohabitent et se répondent. La Lyre grecque que l’on peut considérer comme une œuvre à part entière, prend à nos yeux de lecteur moderne un relief particulier.
Né en 1901, en Sicile, Salvatore Quasimodo recevra le prix Nobel en 1959, neuf ans avant son décès. Il renoue sans doute avec sa terre natale en relisant Sappho, exilée un temps sur les rivages de la Grande Grèce, mais aussi son contemporain, Alcée de Lesbos, ou encore Erinna de Tilos, Anacréon de Téos, Alcman de Sardes, Archiloque… Il s’éloigne alors de sa première manière, dite hermétique, lorsqu’il opère l’approche poétique plus qu’érudite de ces textes antiques pour, dit-il, privilégier « la cadence interne de la parole érigée en vers ».
Si Marguerite Yourcenar eut l’ambition, en 1979, dans La Couronne et la Lyre d’embrasser « douze siècles et quelque cent dix poètes », le choix de Salvatore Quasimodo est certes plus restreint, mais non moins dense. S’entendent encore de ces voix lointaines l’écho retentissant de chants, mêlés aux rires des jeunes filles, d’éclats festifs, ou de lamento, de sons flûtés, ou du bruissement du vent dans les feuillages, d’invocations sacrées ou encore de scènes d’intérieur fortement imprégnées de rituels. Autant de séquences que Quasimodo revisite à son tour, et autant de fragments rehaussant par la langue d’aujourd’hui un passé qui demeure ainsi à notre portée. N’est-ce pas cela même que Sappho tente de conjurer par ces vers : « Et inconnue même dans les demeures de l’Hadès,/tu iras entre les morts obscurs/de-ci, de-là, voltigeante. » Mais aussi bien ce dont témoigne la persistante beauté de ces textes, ponctués çà et là de métaphores, d’images solaires et tout à la fois assombries par une inquiétante angoisse, c’est la maîtrise que ces poètes nous lèguent de leur art et tout à la fois, l’infinie fragilité, parmi les choses humaines périssables, de celui-ci.
Et comme en réponse aux merveilleux vers de Sappho, Stésichore d’Himère de nous surprendre par les siens : « Puisque la Muse/rarement égaye, mais évoque/chaque chose détruite,/ne me procure la paix la douce /mélodie flûtée des voix/au très suave début des chants. »

Emmanuelle Rodrigues

La Lyre grecque, Salvatore Quasimodo
Préface de l’auteur, traduit de l’italien
(et postfacé) par Patrick Reumaux,
Vagabonde, 216 pages, 21,50

Le retour au chant Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°194 , juin 2018.
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