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Domaine français À la croisée des sans-rien

juillet 2018 | Le Matricule des Anges n°195 | par Catherine Simon

Sous la forme d’une chronique parisienne, Leïla Sebbar observe à distance le « peuple de la rue ».

Sous le viaduc : Une histoire d’amour

C’est un petit livre qui se lit lentement, comme on marche dans la rue le dimanche matin. Leïla Sebbar a tenu un journal, en 2010, 2011 et 2013 : un journal avec des trous, des retrouvailles, des deuils. Elle y raconte les gens de la rue, les sans toit ni loi de son quartier, dans le 13e arrondissement de Paris, entre Glacière et Corvisart, deux stations du métro aérien – construit sur un ancien viaduc.
Au fil de cette chronique décousue, épurée, magnifique, on distingue des silhouettes, jamais plus. Il y a d’abord « Elle et Lui »  : elle, dont on sait juste qu’elle est « maigre, le cheveu sauvage, les yeux durs » ; lui, « trapu, le visage violet de bières, cheveux gris ». Parfois, ils s’embrassent sur la bouche. Ils vivent dehors, sous les yeux des passants. On se demande ce qu’ils vont devenir. Comment ils vont supporter l’hiver. Est-ce que l’amour va les sauver ? Ils chient dans le caniveau, se grattent, discutent. Un soir, la tente bleue où ils se sont glissés, « bouge, comme sous l’effet d’une tempête », note Leïla Sebbar, un dimanche d’octobre. Et basta.
Feuilleton lacunaire, tout en ombres chinoises, Sous le viaduc captive – contre toute attente. Car on ne sait rien, ou si peu, d’« Elle et Lui »  ! De même de ce grand type, arpentant le viaduc, les yeux rivés au balcon d’un immeuble HLM. Parfois, une femme y apparaît. Qui est-elle ? On ignore tout, pareillement, de la vie de « l’homme des mots fléchés », ou de celle de « la jeune femme grosse, sac à dos, casquette américaine », qui fouille les poubelles du boulevard Blanqui, ou encore de celle du « jeune homme à barbe noire », assis dans un abri-taxi, où il « mange délicatement des radis ».
Leïla Sebbar observe à distance le « peuple de la rue »  : elle ne mène pas d’enquête, elle ne pose pas de questions. Elle n’est pas flic, ni journaliste, ni sociologue. Ni même romancière ? Ou alors oui, à la Perec – sans esprit de système. Le quartier qu’elle décrit, c’est le sien, avec ses cafés, son Monoprix et la façade argentée du quotidien Le Monde. Les sédentaires, commerçants et habitants, font partie du décor, comme la statue en bronze de l’enfant-clochard (« abandonné !… » dit la légende) du boulevard Blanqui ou l’histoire de la bergère d’Ivry, tuée par son amant, au champ de l’Alouette. Les sans-abri, eux, font juste escale. « Ce n’est pas que je n’avais pas envie de leur parler. Mais il y aurait eu une certaine indécence à le faire », remarque Leïla Sebbar, tandis que nous remontons le boulevard jusqu’à la rue Saint-Jacques.
L’idée ce journal est venue il y a longtemps, dit-elle, quand elle s’est aperçue que les gens de la rue étaient « de plus en plus nombreux », avec des origines sociales diverses : « Certains lisaient des livres, d’autres n’étaient pas habillés comme les autres ou ne buvaient pas d’alcool »… Tous, désormais, ont disparu : des silhouettes croquées dans Sous le viaduc, plus aucune ne hante le boulevard Blanqui – la vie les a emportées.
Glaneuse des mémoires vives, Leïla Sebbar, outre ses propres romans ou récits, a dirigé de nombreux ouvrages collectifs, récits d’enfance retraçant la singularité d’une Afrique du Nord coloniale et cosmopolite – où elle-même est née. Sous le viaduc relève, en version parisienne, du même souci de saisir sur le vif ces mondes éphémères, qui sont notre miroir et/ou notre passé.
Ce texte de Leïla Sebbar inaugure, aux côtés de trois autres récits – de Jean-Marie Borzeix, Christian Giudicelli et Éric Poindron – une nouvelle collection, baptisée « Céladon », que la maison d’édition Bleu autour entend consacrer aux « formes littéraires courtes et expérimentales ». On lui souhaite bon vent et bel été.

Catherine Simon

Sous le viaduc, une histoire d’amour,
de Leïla Sebbar, Bleu autour, « Céladon », 120 pages, 13

À la croisée des sans-rien Par Catherine Simon
Le Matricule des Anges n°195 , juillet 2018.
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