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Essais Baudelaire, toujours Baudelaire

septembre 2018 | Le Matricule des Anges n°196 | par Richard Blin

L’œuvre du poète continue à fasciner par sa diversité, sa lecture critique de la modernité et sa sensibilité à « l’horreur » comme à « l’extase de la vie ».

Ainsi parlait Charles Baudelaire : Dits et maximes de vie

S’il est surtout célèbre pour le volume des Fleurs du mal – éreinté par la presse et condamné par la justice – Baudelaire (1821-1867) a développé toute une réflexion esthétique et morale au fil d’une œuvre souvent négligée, constituée d’essais, de nouvelles, de critiques d’art, de notes, de lettres. C’est d’abord cette œuvre cachée que revisite, chacun à leur façon, trois ouvrages récents.
Dans Le Revenant (Allia), Éric Chauvier – connu pour la façon dont il a entrepris de renouveler l’anthropologie en s’intéressant plus particulièrement aux anomalies et à tout ce qui fait dissonance – a choisi d’observer, avec le regard oblique qui le caractérise, ce cas singulier que fut Charles Baudelaire. Entre anthropologie et littérature de l’insolite, il l’imagine de retour sous la forme d’un zombi syphilitique, n’ayant plus de son passé qu’une vague impression, pensant à peine, visiblement déshumanisé, et condamné à revivre ad nauseam, « maudit parmi les maudits », dans le Paris d’aujourd’hui où la misère est désormais banale. Mais derrière ce que peut avoir de désinvolte et d’insolent cette façon de traiter la figure de Baudelaire, c’est le pourfendeur de la morale pharisienne, l’ennemi du matérialisme et de la vulgarité, le chantre du transitoire et de l’éternel, et surtout le précurseur de l’anthropologie qui intéresse Éric Chauvier. Car Baudelaire fut aux premières loges de la révolution qui vit Paris passer d’une ville quasi médiévale – sans eau courante, sans arbres – à une ville dotée de grands boulevards, de parcs, de jardins, de gares, de théâtres. Cet écroulement de l’ancien monde, il l’a enregistré, s’en est fait le témoin privilégié. « Dandy endetté et haschischin compulsif, il flâne tandis que sa poésie s’inspire de ces métamorphoses. » Il a été le premier à comprendre l’ivresse de se mouvoir au cœur « vivant et vibrant d’un flux d’humains », le premier à faire de la flânerie l’« essence de la grande ville moderne ». Mais par-delà l’anonymat que permet la foule, c’est le règne du vulgaire qu’il voit venir, et même la folie urbaine : « la rue assourdissante autour de moi hurlait. » Chauvier joue de l’errance hagarde de son zombi pour stigmatiser notre capacité à refuser l’autre, la foule qui veut du sang, ou la fausse générosité : « La pauvreté, lorsqu’elle est saleté, décourage vite et répugne. » C’est l’envers du décor – la drogue, la prostitution, tout ce qui dans Paris est l’antithèse de l’art – qu’en nous entraînant dans le sillage de son « syphilitique d’outre-tombe », il nous montre, un Paris qui se transforme en théâtre de la cruauté. Même si, dans l’enfer de l’« infâme Capitale », dans ce milieu grouillant on peut aussi être ébloui par la beauté d’une passante, « agile et noble, avec sa jambe de statue », fasciné par cette fugitive beauté capable de bouleverser tous les repères du poète, « ô toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savais »
Ce Baudelaire que fascinait la femme, qui ne pouvait l’aimer qu’en l’idolâtrant ou en l’imaginant en géante ou en serpent qui danse, ce poète qui fixa la définition moderne de l’art et dont l’exigence esthétique s’énonçait en oxymores saisissants – « la douceur qui fascine, le plaisir qui tue » –, Gérard Macé nous le présente dans « Les auteurs de ma vie » (Buchet Chastel), une collection qui invite des écrivains d’aujourd’hui à partager leur admiration pour un classique. Il y dépeint un Baudelaire complexe et parfois contradictoire, l’immense poète, le penseur qui s’empare de tous les aspects du réel, mais aussi le dandy réactionnaire pestant contre le progrès, le philosophe de l’antinature, l’ennemi des Lumières, un homme en résistance contre l’esprit de son siècle, aimant l’excès, la dépense, voire le sacrifice – « Il aurait aimé le Collège de Sociologie dont il fut un précurseur » – comme il le fut de l’anthropologie, lui qui comparait le sauvage et le dandy pour en faire des êtres également civilisés, « c’est-à-dire affranchi des lois de la nature ». Quant aux dits et maximes de vie choisis et présentés par Yves Leclair, dans Ainsi parlait Charles Baudelaire, ils montrent combien son anticonformisme radical, « mélange d’un dandysme à la Byron » et d’un « immoralisme à la Sade », a nourri une réflexion qui n’a rien perdu de son acuité ni de sa validité.

Richard Blin

Le Revenant, d’Éric Chauvier
Allia, 80 pages, 7,50
Baudelaire, de Gérard Macé
Buchet Chastel, 208 pages, 12
Ainsi parlait Charles Baudelaire,
d’Yves Leclair, Arfuyen, 176 pages, 14

Baudelaire, toujours Baudelaire Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°196 , septembre 2018.
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