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Zoom La déflagration

septembre 2018 | Le Matricule des Anges n°196 | par Martine Laval

Le premier roman de l’écrivain suédois est enfin traduit. Quand littérature et révolution mènent le même combat.

Alors que « Les Américains sont en train de perdre leur guerre d’agression sans issue au Vietnam  », un jeune type de 24 ans écrit Le Dynamiteur. Il a déjà balancé plusieurs manuscrits. Il se dit que celui-ci sera le bon, le premier vrai roman. C’était en 1972. Par la suite, Henning Mankell a écrit, beaucoup, des polars dont sa célèbre série Kurt Wallander, de la littérature subtile (Profondeurs, 2008), des livres pour la jeunesse, du théâtre. Il s’est aussi engagé sur le front de la politique internationale, notamment en participant en 2010 à l’opération « Ship to Gaza ». Et puis, il est mort, en 2015. Dans sa préface signée en 1997, Henning Mankell se souvient de cette année 72 : « C’était une époque de grande joie, de grande énergie. Tout était possible… L’impérialisme craquait aux entournures. » Lire aujourd’hui en français Le Dynamiteur si longtemps après sa première publication (ce qui reste un mystère…) c’est, avouons-le, être ému(e). C’est surtout recevoir un ultime cadeau, une belle leçon de vie, quand politique, humanisme pur et littérature ne font qu’un.
Mankell, donc, n’a que 24 ans et déjà tout ce qui le tenaillera explose dans à peine plus de deux cents pages : l’injustice, le libéralisme, l’Histoire et sa part d’ombre, le fascisme galopant. Il fait le choix de rendre hommage à la classe des oubliés, celle des travailleurs. Il nomme son héros Oskar. Il travaille à la mine, creuse des tunnels pour qu’advienne l’ère du chemin de fer. En 1911, alors que se profile la Grande Guerre, rien n’arrête l’expansion, ni les conditions de travail pénibles, ni les salaires qui riment si bien avec misères. Oskar le dynamiteur saute avec sa charge d’explosifs. Tous le croient mort. Il s’en sort, les mains estropiées, un œil en moins, et beaucoup de souffrances – toujours en silence. Et il reprend la mine le gars, sans se plaindre. Ainsi irait la vie des sans-voix, s’il n’y avait un mystérieux personnage nommé « le narrateur » qui s’invite pour raconter l’histoire d’Oskar, l’histoire de tous ces hommes et femmes aussi dignes que réduits à néant. L’ex-dynamiteur est vieux désormais, il se réfugie sur une île, écoute le temps qui passe, accueille, un peu bourru, ce jeune type qui rompe sa solitude, l’oblige à se souvenir. Mankell, personnage narrateur, s’interroge aussi et du coup interroge la littérature, efface la frontière entre réel et imaginaire, et tente de reconstituer ce qu’Oskar n’a jamais dit : « Oskar déforme lui-même son histoire. (…) Parfois, il mentionne un détail en passant. J’entends ses mots, je comble les intervalles, j’augmente les marges. (…) Les phrases s’entremêlent.  » Elles s’entremêlent si bien les phrases qu’elles se gravent avec force. Mankell et Oskar dessinent ensemble l’espoir : « Ce sera inévitable. Chaque fois qu’il y a une révolution quelque part, je me réjouis. Alors, il m’arrive de me coucher et de rêver que j’y participe. Et d’une certaine façon, j’en suis aussi. »

Martine Laval

Le Dynamiteur, de Henning Mankell
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, Seuil, 224 pages, 19

La déflagration Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°196 , septembre 2018.
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