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Domaine français Transactions secrètes

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Richard Blin

Il ne connaît rien aux mots, elle écrit pour accueillir ce qui se dérobe. Lynx, ou le récit d’une tentative de libération.

Coupé de silences, troué d’incertitude, tout en effets de vibrations immobiles, le deuxième roman de Claire Genoux, poétesse qui vit en Suisse où elle est née en 1971. Baigné d’une sourde violence, il donne l’impression de s’inscrire tout entier au sein de la mystérieuse distance qui sépare l’écho du cri. Une forêt, un fleuve, une maison d’enfance au milieu des bois, les bruits de la nuit et des bêtes, chaque élément vit au même titre que les êtres et les corps. C’est le monde du héros, Lynx, le territoire sauvage et sensuel où il vit. Un homme habité par une sorte d’intensité passionnelle derrière laquelle on devine l’action d’une force obscure. « Il y a ça en Lynx, cet entêtement à vouloir aller dans l’étroit et le dur. » Son père vient de mourir, écrasé par le tronc d’un arbre. Nous sommes au début d’un été qui s’annonce caniculaire et Lynx, qui n’a plus que les arbres pour famille, songe à fuir, à quitter la forêt, la buvette où il aide : partir, prendre le large, parcourir l’Atlas marocain à moto. Voyager comme il l’a déjà fait, « pour le silence des plaines de sable, pour les nuits sans lune et le café qu’il boit devant la tente quand les oiseaux autour de lui se cherchent un repas ».
Pourtant, il ne part pas, quelque chose le retient. Serait-ce l’arrivée de Lilia et de son enfant venus aider à la buvette pour la saison. Pas vraiment car elle ne l’attire pas, est aussi taciturne que lui. « Parler, il ne sait pas. Les mots lui viennent tordus. » Enfermé dans sa solitude, « le silence tisse son monde depuis toujours ». Mais elle, il la voit souvent ouvrir un carnet, le poser sur les tables nettoyées, pour écrire. Elle dit qu’elle écrit sur le fleuve, qu’elle et lui se ressemblent, qu’« écrire c’est à cause de corps et de l’enfance ». Cependant entre Lilia et Lynx, qui n’aime qu’« aller aux bêtes, suivre leurs traces, remuer avec elles le plus sombre de la terre », une sorte de complicité, faite d’approches frôlantes et de quelques bouts de phrases, va s’installer. Une complicité qui se noue autour de l’inconnu de ce qu’elle dépose dans ses carnets, et de sa « sauvagerie » à lui, qui s’enveloppe d’un non-dit, d’un non-su aussi dont la maison de son enfance est la tombe.
Au rythme de leur accord désaccordé, de son battement incoercible, c’est à une sorte d’exorcisme que se livre Lilia. « Parviendra-t-elle à recoudre ensemble le passé et le présent de la maison, à la rendre à Lynx dans sa clarté ? » Elle s’est lancée dans un travail de Pénélope qui donne à l’infigurable sa figure, qui traque un passé toujours à l’œuvre dans le présent, qui remet de l’ordre dans le dedans pulsionnel d’un Lynx qui « à l’intérieur de lui est encore un enfant », ne sait pas que « les mots sont au centre de tout ». C’est « avec ce qui mord » qu’elle va fabriquer le livre, en faire un refuge où Lynx pourra s’il le veut, « entendre le son des secrets », et lire que « les maisons d’enfance appartiennent aux femmes ».
La réussite, la force de ce texte tient à un art du presque – tout n’est qu’attente et imminence –, à ce goût des demi-états, des choses à moitié partagées, à moitié dites. « Il y a dans chaque récit un point aveugle, quelque chose qui résiste à être dit. » La vérité est là sans être visible, elle est lisible sans être lue, elle est portée par ce qui revient par les bords, les fissures que l’on porte en soi, la force tragique des profondeurs vivantes de la forêt. Par tout le heurté, le hagard de la folie et du feu qui hante et accomplit, annule et manifeste.
Richard Blin

Lynx, de Claire Genoux
Éditions Corti, 206 pages, 17

Transactions secrètes Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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