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En grande surface Aurélie, une Tourtel !

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Pierre Mondot

Le roman politique qu’on attendait depuis longtemps » : c’est par ce commentaire satisfait que les Inrocks saluent la parution du dernier livre d’Aurélie Filippetti, Les Idéaux. Sans nous préciser davantage l’identité du « on » atteint par ce prurit.
Ça tombe bien, ce brouillage énonciatif se trouve être aussi la marque de l’ouvrage de l’ancienne ministre. Le personnage principal n’y est en effet jamais désigné autrement que par un pronom, tandis que les seconds rôles héritent de périphrases (le Chevalier, le Prince, le Grand Argentier, ou l’haltérophile – c’est Sarko).
Elle, députée de gauche dans une circonscription du Nord, petite-fille de mineurs, se bat contre la fermeture de la plus grande aciérie électrique de sa région. Quoique décrite comme « plus bourrue que son apparence ne l’aurait laissé supposer », chacun aura reconnu Aurélie. Elle tombe amoureuse de lui (le Chevalier, donc), député de droite dans une circonscription du Sud-Ouest, descendant d’une lignée d’aristocrates, catholique pratiquant. Le lecteur sous-informé y verra un avatar d’Arnaud Montebourg. Pas seulement. Car avant l’homme du redressement productif, Aurélie connut une aventure avec Frédéric de Laparre de Saint-Sernin, député chiraquien de Dordogne et cousin de Dominique de Villepin.
Leur « première poignée d’yeux » a lieu dans l’hémicycle, après avoir ferraillé l’un contre l’autre au sujet des médias : elle défend la liberté de la presse, lui dénonce la dictature de la transparence (en vrai, Paris-Match nous apprend qu’ils ont lié connaissance chez le coiffeur). Ils décident de dîner ensemble pour faire la paix. Elle, résolument post-moderne, le prévient : « je ne sais pas pourquoi j’ai accepté (…), j’ai regardé votre fiche Wikipédia, nous n’avons rien à nous dire… » Bon, finalement, elle se laisse faire. « Une histoire impossible » s’exalte la narratrice.
Par la suite, cette relation « quasi anticonstitutionnelle » ne va pas sans heurts. On se chamaille. Il lui semble tout à fait déconnecté de la réalité, contrairement à elle dont la cousine est femme de ménage, mais enfin vous n’avez pas le monopole du cœur, ne jouez pas avec moi à l’élève et au professeur, et dans les yeux je le conteste.
Ouf, on se réconcilie : « –… C’est de ma faute, je suis désolée. – Non, c’est moi, j’ai exagéré. – Je n’aurais pas dû te dire ça. – Je suis allé trop loin. – Les mots ont dépassé ma pensée. – Je ne voulais pas te faire de peine. – Je n’avais pas compris. – Pardonne-moi. – On se fait peut-être trop d’illusions l’un sur l’autre… » (courage, plus que trois cents pages).
Lorsque son Chevalier accepte d’entrer au gouvernement (Sarkozy) sacrifiant ses convictions (chiraquiennes) au profit de son ambition, elle se sent trahie, « se replie comme un animal blessé sur un silence intérieur », et se laisse aller : « Elle enquillait les bières sans alcool. Au coin du comptoir, elle ressassait sans espoir. » (en vrai, elle s’enfile des Picon-bières dans un rade de la banlieue de Metz, mais après on va encore dire que décidément les gens du Nord, hein).
Dans la seconde partie du récit, c’est à son tour de participer au gouvernement. Très vite, elle s’y sent mal à l’aise, flaire quelque chose de pourri au royaume. On la jalouse : « Elle ne s’imaginait pas que les poignards étaient déjà sortis et ne savait donc de quel côté les guetter. » (cette phrase contient une faille logique, à toi de la retrouver). Le ministre du Budget (Cahuzac) lui voue « une haine féroce » depuis qu’elle a refusé ses avances : aveuglé par sa rancune, il alloue à son ministère une cagnotte ridicule. Le Prince, quant à lui, « fasciné par la bourgeoisie aux sept voiles », tombe lentement sous la coupe de son représentant, le Grand Argentier (Pinault ? Arnault ? Niel ? – joie du roman à clefs), lequel cherche également à la séduire (Aurélie, c’est fou, tout le monde veut la pécho) : « Elle voyait devant lui le monarque s’aplatir, fasciné, devenu lui-même courtisan-courtisé, flagorneur. »
À la fin, quand le Prince refuse de nationaliser Florange, elle quitte le gouvernement pour rester fidèle à ses Idéaux (en vrai, elle a craqué pour la marinière d’Arnaud).
Ainsi s’achève à peu près cette autofiction vengeresse, écrite dans un style ampoulé, où les faux-nez des protagonistes résistent moins que certaines métaphores (« Au jeu de l’oie de la course à la présidence, il préférait le go » ; « il aurait fallu qu’il puisse sentir brûler le poison sur la plaie de ses convictions »).
En présentant nos dirigeants comme des cyniques, des corrompus ou des lâches, Aurélie Filippetti poursuit inconsciemment la politique du Prince : son roman paraît le produit d’un choc de simplification.

Pierre Mondot

Aurélie, une Tourtel ! Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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