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Théâtre Les rêves faillis

novembre 2018 | Le Matricule des Anges n°198 | par Laurence Cazaux

Les personnages de Kate Tempest se battent pour sortir de leur condition. Fureur et rédemption.

Kate Tempest, née Kate Esther Calvert dans le sud-est de Londres en 1985, est une jeune poète, dramaturge et chanteuse. Son pseudonyme l’annonce clairement, l’orage n’est pas pour lui déplaire. Elle a déjà enregistré plusieurs disques, remporté avec son recueil Les Nouveaux Anciens le prix Ted Hughes de poésie en 2012 et ses performances et lectures publiques sont un véritable événement. Fracassés est sa première pièce traduite en français. D’emblée, un chœur nous prévient : « On fait partie de ceux qui sont mal à l’aise au théâtre,/ De ceux qui ne rient pas quand tout le monde rit./ De ceux qui ne savent jamais quoi dire quand tout le monde donne son avis. » – comme si l’auteure voulait bousculer, un peu, les codes.
Elle crée trois personnages, Danny, Charlotte et Ted, qui basculent par moments en un chœur s’adressant au public les yeux dans les yeux : « On n’a pas envie d’être plantés là devant vous et de faire semblant de ne pas vous voir ». Cette bascule est une belle invention dramaturgique, le chœur vient régulièrement interrompre les personnages dans leurs monologues ou dialogues, en créant une rupture rythmique et par là même une sorte de distance par rapport à l’histoire en question.
Les trois personnages de la pièce sont plutôt jeunes, ils ont moins de 30 ans, et se retrouvent le jour anniversaire de la mort d’un de leur ami, Tony, décédé il y a dix ans. Tony reste l’éternel adolescent, pour qui tout est possible. « T’as de la chance, franchement. Si t’avais survécu, tu serais devenu gros et chiant, comme nous tous. T’aurais pas été différent. (…) Alors t’as de la chance. Parce que si t’étais encore là, t’aurais une addiction, une dépression, ou des crises d’angoisse, ou les trois à la fois, et dans ta tête tu ferais des plans pour t’évader et recommencer à zéro dans un autre pays, où personne saurait que t’es rien d’autre qu’une épave ». Ces dix ans créent l’urgence pour les trois autres de faire le point sur leur vie respective. Cet anniversaire va aussi être l’occasion de passer une nuit blanche de fête et de défonce. Tous trois l’avouent, ils se retrouvent au final coincés entre leurs rêves et la réalité à laquelle ils se confrontent. Ils se demandent comment lutter contre le désenchantement qui pointe. Le chœur le souligne : « Mais, ah, quelque chose est arrivé./ Nos yeux ont/ Rétréci/ Et nos rêves ont/Failli », et de rajouter : « On est devenu à la fois/ Le mec dans la prison,/ Le maton,/ Et la clé de la porte de la prison. »
La parole dans Fracassés est l’endroit de la bagarre, les trois parlent de changements, « On veut juste perdre nos noms, effacer les limites. », de nouveaux départs, ils s’illusionnent et se brûlent. La pièce est tiraillée entre deux extrêmes, l’endroit du ratage et du pitoyable et l’envie d’envol et « d’épiphanie », un mot souvent cité par les personnages, peut-être comme une prise de conscience lumineuse d’un désir profond. « Si je pouvais claquer des doigts et devenir le Danny que je veux être, le Danny que je vois dans ma tête. (…)Mais bon, si on pouvait tous être celui qu’on rêve d’être, il y aurait plein d’agents secrets et de stars de cinéma dans ce café, tu crois pas ? » se confie Danny à son ami mort. « Il doit y avoir un moyen pour s’élever » affirme le chœur.
Kate Tempest évoque souvent les monstres dans son théâtre. Elle propose ainsi de drôles d’images dans les didascalies du début. Chacun des trois personnages serait entouré de silhouettes en carton, hideuses, avec des têtes démesurées, des sourcils, des lèvres ou des oreilles énormes, comme une vision exagérée et monstrueuse du monde qui les entoure. La lumière doit également participer par moments de cette ambiance monstrueuse. Après cette traversée nocturne, les trois personnages se transforment en chœur pour nous implorer de poursuivre nos rêves dans un dernier slam.

Laurence Cazaux

Fracassés, de Kate Tempest
Traduit de l’anglais par Gabriel Dufay
et Oona Spengler, L’Arche, 96 pages, 14

Les rêves faillis Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°198 , novembre 2018.
LMDA papier n°198 - 6.50 €
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