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Domaine étranger Voir Manaus et mourir

novembre 2018 | Le Matricule des Anges n°198 | par Éric Dussert

Orfèvre-nouvelliste, Milton Hatoum sort de son jeu une carte majeure. Un écrivain de haut vol vogue sur les eaux de l’Amazone.

La Ville au milieu des eaux

Depuis son Récit d’un certain Orient (Seuil, 1993), Milton Hatoum s’est imposé comme un prosateur d’envergure. L’œuvre de ce Brésilien originaire du Liban composée de romans et de nouvelles a trouvé son épicentre à Manaus, ville en perpétuelle expansion du bord de l’Amazone, entourée des bras du fleuve colossal dont chaque segment porte un nom particulier. Sans compter ceux de ses mille affluents. Entre l’univers mystérieux de la forêt et la vie de la cité moderne et de ses périphéries, tous lieux où s’érigent les bluffs, un lien puissant noue les récits d’Hatoum. Leur portée, fût-elle découpée en nouvelles efficaces, reste remarquablement universelle. Et elles dépassent sans mal la péripétie pour rejoindre la Fiction perpétuelle. C’est là qu’Hatoum, ce raconteur-né, fraternise avec Naguib Mafhouz et Alvaro Mutis dans le romanesque assumé, jouant de tous ses ressorts, y compris de la force documentaire.
Passant d’une nouvelle relatant une vengeance d’honneur sanglante, comme chez les grands Argentins, à celui d’une rupture amoureuse au cœur de la diaspora brésilienne à Paris durant la dictature, Hatoum propose un kaléidoscope de ses talents, livrant aux marécages ou à la vie littéraire, universitaires, nymphes, beaux parleurs, danseuses, scientifiques, qui, tous, portent sur eux l’odeur de leurs propres eaux troubles… Témoigne cette visite d’un amiral indien désireux de rencontrer un écrivain brésilien, visite très protocolaire, menée par le consulat et fort mal vécue par l’écrivain dont les conditions d’existence et le cadre de vie ne sont pas fameux. Alors que l’amiral discute littérature indienne, l’appartement se transforme en marécage, fait exprès pour maintenir l’écrivain dans un malaise croissant, parce qu’une pluie torrentielle s’abat à ce moment-là sur la ville. Le narrateur n’est pas au bout de son malaise. À quelque temps de là, il va découvrir la vérité sur ce personnage de roman alors qu’il croise une Indienne dans une université américaine… Ailleurs, on entre de plain-pied dans la vie sans merci en observant avec un vieillard les rideaux de velours du Théâtre Amazonas, ou en volant les rêves enfuis d’un poète qui n’a jamais égaré ses souvenirs glorieux.
Cette inquiétude de l’Homme qui partout perce fait des nouvelles de Milton Hatoum de belles pièces denses et fortes de littérature. Auxquelles les coïncidences étranges n’ont jamais rien retranché… C’est ainsi que le journaliste et ingénieur Euclides da Cunha (1866-1909) a raconté dans une lettre retrouvée dans une bibliothèque des États-Unis comment un sous-officier a été revolvérisé par l’amant de sa femme – E. da Cunha lui-même connaîtra la même fin et pour le même motif deux ans plus tard au cours d’un échange de coups de feu.
Au moment où le Brésil verse dans une ambiance délétère en semant l’inquiétude chez les partisans de la liberté, il paraît opportun de propager La Ville au milieu des eaux. Elle se lit comme se boit un verre de rhum, dans la satisfaction du désir des lectures jouissives, et avec le baume de la mélancolie qui sied aux êtres sensibles. Comme l’Amazone porte cent noms, Hatoum pioche dans cent existences avec une douceur qui confirme ce qu’il écrivait dans son Récit d’un certain Orient : « J’ai cherché un thème qui aurait pu guider la narration, mais chaque séquence se rapporte à un sujet différent, à une image distincte de la précédente, et tout finit par se mélanger… (…) sans m’en rendre compte, j’ai déchiré le brouillon pour en faire un collage de papier froissé ; dans la matière des lettres et des mots, j’ai collé des mouchoirs aux broderies abstraites : le mélange de tissu et de papier, des couleurs et du noir de l’encre au blanc de la feuille ne m’a pas déplu. Le dessin achevé ne représente rien, mais si on le considère avec attention, on peut y distinguer vaguement un visage informe (…) peut-être dans ce désir subit de retourner à Manaus, après une aussi longue absence. »

Éric Dussert

La Ville au milieu des eaux, de Milton Hatoum
Traduit du portugais (Brésil) par Michel Riaudel,
Actes Sud, 160 pages, 17

Voir Manaus et mourir Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°198 , novembre 2018.
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