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Domaine étranger Orphée chinoise

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Camille Cloarec

Ode à la passion dévorante, Dernières lettres de Montmartre de l’écrivaine taïwainaise Qiu Miaojin témoigne d’un impossible désir d’absolu.

Dernières lettres de Montmartre

Qiu Miaojin a passé les dernières années de sa très courte vie à Paris, au Centre d’études féminines de Paris VIII, dirigé à l’époque par Hélène Cixous, à laquelle l’on doit la très belle préface du livre. Ses Dernières lettres de Montmartre s’étendent du 27 avril au 17 juin 1995, quelques jours avant son suicide, qu’elle évoque à de nombreuses reprises dans ses écrits. Adressées sans être envoyées à des précédentes amantes (Xu, Xiaoyong) qui se noient dans un « tu » générique, ces vingt missives s’attardent à la manière d’un journal intime sur les sentiments de Qiu Miaojin. « Mes lettres sont en elles-mêmes une forme violente de mon désir  », confie-t-elle. Cette jeune femme pleine d’entrain et d’enthousiasme, qui cite ardemment Theo Angelopoulos et Clarice Lispector, se révèle brisée par les déchirures amoureuses qu’elle a vécues. Déchirures qui en réalité ne sont qu’une infime déclinaison de la déception qui est la sienne face au manque cruel d’honnêteté, de fidélité, de sagacité de ses pairs. « Je suis trop susceptible, c’est le mot, ce que le bouddhisme appelle « facile à contaminer  », voilà exactement mon mal, qui est aussi un don, qui est mon trésor et qui est mon infirmité ! » : telle est la chance fatale de Qiu Miaojin, qui apparaît immédiatement comme avide de découvertes, brûlante de passions, trop entière, trop absolue.
Ce livre, devenu culte en Asie du Sud, peut être lu d’une multitude de façons : roman épistolaire, carnet de notes, appel au secours, fiction littéraire, simple correspondance… Il faut, en le lisant, accepter de perdre pied. L’auteure nous emmène admirer la beauté des choses toutes simples (« l’énorme puissance vitale du quotidien a sa place en moi »), jouir de l’effervescence intellectuelle de Paris (« ce festin permanent que m’offre cette ville »), consoler ses accès de désespoir (« vingt-six longues années, pleines de souvenirs de ratages et d’impossibilités, dont j’ai voulu m’évader je ne sais combien de fois »). Et ce qui en demeure, longtemps après avoir refermé le livre, c’est une pureté vibrante quant à la vie, une solitude sans commune mesure, une curiosité illimitée à l’égard de l’avenir.
Les Dernières lettres de Montmartre ont donc tout de l’ovni littéraire, portées par le légendaire destin de leur auteure, un indubitable avant-gardisme politique tout autant qu’une naïveté émouvante. Ode à l’amour, qui ne peut qu’être imparfait et inacceptable, l’ouvrage poursuit de manière essoufflée une quête de sens qui n’aboutira pas. « L’éternité, c’est la possibilité pour nous de dépasser les limites du temps et de l’espace, de la vie et de la mort, c’est notre existence (ou inexistence) commune dans une vie d’amour mutuel ». C’est ce trop-plein d’amour qui a conduit Qiu Miaojin à sa perte, et qui nous la fait aujourd’hui découvrir.

Camille Cloarec

Dernières lettres de Montmartre
Qiu Miaojin
traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Péchenart,
Notabilia, 256 pages, 17

Orphée chinoise Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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