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Essais Si l’Algérie m’était contée

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Éric Dussert

Essayiste et prosateur, Salim Jay publie une somme consacrée au roman algérien. Rattrapage…

Dictionnaire des romanciers algériens

Le Dictionnaire des romanciers algériens de Salim Jay vient de paraître. Depuis la publication du Dictionnaire des auteurs marocains (Eddif-Paris-Méditarranée, 2005), on attendait que soit comblée cette lacune de notre savoir collectif. Mais gare ! La disponibilité en librairie, cette décomplexée possibilité de le lire n’en fait pas moins un livre dangereux : d’abord parce qu’on n’en sort plus dès lors qu’on l’ouvre, ensuite parce qu’il conduit à établir une liste des livres à lire valable pour les vingt prochaines années. Les plus humanistes d’entre nous, curieux et sensibles à toutes les beautés auront compris que cette somme est un baume sur une plaie qui s’est refermée lentement depuis la guerre contre les colons d’abord, conflit fratricide ensuite, l’immigration économique liée à la reconstruction (cf. l’article sur Medhi Charef p. 32), l’exode harki, la relégation dans les ghettos… La littérature de fiction d’Algérie est bien le lieu où la mémoire de différentes populations et de différents territoires se reconstruit, où les problématiques cristallisent et où la parole s’est construite. Comme Salim Jay le montre, la « question de l’identité ne tarabuste plus aussi vivement qu’hier les romanciers algériens lorsqu’ils sont des créateurs avides de s’exprimer avec liberté et fantaisie, et pour beaucoup avec une sorte de courage, voire de rage. Cependant la littérature d’imagination devient le terrain d’expression privilégié par nombre d’auteurs qui refusent de se cantonner au témoignage (…). Peu à peu les “militants” cèdent la place à ceux qui se revendiqueraient volontiers comme artistes  ». Cette évolution du champ que Salim Jay observe à partir de la génération de Camus, c’est-à-dire depuis les années 1950, implique romancières et romanciers arabophones, francophones, italophones, etc. puisque les interactions sont permanentes, tout comme les échanges esthétiques.
Évidemment, la tonalité du propos du critique littéraire est très personnelle et son critérium reste la qualité de l’œuvre à laquelle, parfois, la qualité de l’être humain fait écho. À cette aune, certains reçoivent une volée de bois vert puisque celui qui aime la littérature se fâche justement quand on lui propose un produit frelaté. La plus belle descente est probablement celle d’Yasmina Khadra, prête-nom de son époux Mohammed Moulessehoul producteur d’inanités carabinées que Jay juge d’une « fatuité effrénée ». S’en féliciteront les autres : leurs livres ont été lus, quand bien même leur prose était d’une discrétion assumée. C’est ainsi que Djamila Khammar ou Sandrine Charlemagne doivent être étonnées de se retrouver en présence de Mehdi Charef ou de Fadhma Amrouche : D. Khammar est l’auteure du « Samedi noir de Bab el Oued », une nouvelle publiée par l’Institut du Monde arabe dans un volume collectif… Plus loin, sociologues, universitaires, artistes, Algériens d’ici, Français de là, tous romanciers ou bien nouvellistes, partisans du récit. Naturellement, le travail de Salim Jay vient corriger tout à fait le dictionnaire consacré à la Mémoire écrite de l’Algérie depuis 1950 (Maisonneuve & Larose, 1992) qui prenait en compte essentiellement Pieds-noirs et Hexagonaux.
Chez Salim Jay, on peut découvrir la richesse des œuvres de Jean Sénac ou de Yacine comme celles de Fatima Bakhaï, Mohamed Balhi, Albert Bensoussan, Nacer Kettane, Yamina Mechakra, Bachir Mefti, Benamar Médiène, Rachid Mokhtari, le prolifique Tahar Ouettar, ou Aïssa Touati, ex-ouvrier de fonderie et ami de Pierre Guyotat, dont La Temesguida racontait une enfance dans la guerre d’Algérie (Gallimard, 2013), et ce jusqu’à Ahmed Zitouni (Attila Fakir, Souffles, 1987). Sans oublier ce livre à part de Fatma Zohra Zamoum Comment j’ai fumé tous mes livres (La Chambre d’échos, 2006) dont le présent dictionnaire soutient qu’il est « le récit du triomphe lent et sûr de la facétie sur la pesanteur ». Voilà donc la prime ! En nous présentant l’évidence de la production de maisons comme Chihab, El Ikhtilef, L’Harmattan ou La Différence, dont les catalogues sont parfois ignorés, le Dictionnaire des romanciers algériens de Salim Jay fonctionne comme une noria : son auteur nous apporte les textes comme la noria porte l’eau à ceux qui en ont besoin.

Éric Dussert

Dictionnaire des romanciers algériens, de Salim Jay
Serge Safran éditeur,
480 pages, 27,90

Si l’Algérie m’était contée Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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