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Domaine étranger Au nord de Van Gogh

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Dominique Aussenac

D’une écriture dépouillée, aussi incisive que libératrice de silences, Gyrdir Eliasson décrit la retraite d’un peintre en pleine nature.

Au bord de la Sandá

Si tous les écrivains scandinaves n’écrivent pas systématiquement des thrillers à succès et autres polars très noirs, violents et sadiques, leurs écrits sont souvent porteurs d’une sombre mélancolie que l‘on attribue parfois abusivement à l’absence de lumière, une nature hostile et à un vieux fond de puritanisme très très austère. Le récit d’Au bord de la Sandá se déroule tout au long d’un été jusqu’à l’arrivée des premières neiges d’un automne finissant, dans une zone de villégiature sur un sommet boisé : un camping reculé au milieu d’une nature idyllique. En contrebas, telle une ponctuation graphique s’écoule la Sandá, un torrent glaciaire. Il n’échappe cependant pas à la règle. Comme si le noir et le gris ne pouvaient que s’unir, a fortiori dans un univers où le vert prédomine, où la vie bourgeonne, éclate et obéit au cycle des saisons.
Un peintre reconnu, peut-être trop, qui souhaite faire le point sur sa vie ou en changer, décide de ne peindre uniquement que des arbres, s’isolant dans deux caravanes. L’une lui sert de maison, l’autre d’atelier. Des campeurs, de l’autre côté d’une haie, ne lui parviennent que des éclats de voix, des fumets de grillades, sans qu’il n’entre en relation avec aucun d’entre eux. Un sas, un écran de verre géant sépare apparemment la vie solitaire, sauvage, créative du pâle divertissement, de la civilisation dévoyée. Comme chez Rousseau, Thoreau, Whitman ou l’acteur-cinéaste Sean Penn d’ Into the Wild, la couleur verte, sinon la dimension sauvage, brute, primitive que l’on lui associe arrive à fasciner un être sensible, doué de raison. Mais jusqu’à lui faire perdre le goût de l’existence et franchir une porte inconnue. Seule une tache rouge attire son attention. Un imperméable porté par une étrangère méditative, croisée un certain temps. En premier lieu près d’une sépulture. « Tout au fond de la vallée se trouvait la tombe d’un homme qui avait commencé à y introduire la sylviculture et qui s’était fait enterrer dans une petite clairière. À côté de lui avait été enseveli le cheval qui avait été abattu à la mort de son propriétaire.  » Lieu consacré et d’une certaine manière sinistre et maléfique. Un être qui crée un écosystème, une parcelle de vie, une forêt, voit son cheval tué en souvenir de quoi ? D’une amitié, d’une création, d’une décision imbécile, autoritaire ?
Le peintre peu à peu pénètre l’arbre, l’écorce, s’immerge dans la sève, atteint jusqu’au frémissement de la feuille, presque à entendre son cri tout en se dépouillant de ce qui lui reste d’attaches. Un fils qui vient le voir et qu’il reconduit ! Un acheteur qui avait fini par le retrouver et qu’il chasse ! Quand il ne se promène pas en forêt, qu’il ne peint pas dans son atelier, il lit. La biographie de Chagall ou les lettres de Van Gogh. Sa vie est faite de saisissements, de joies et de plaisirs simples. Homme et nature communient l’espace d’une saison…
Les descriptions des paysages, des panoramiques, les effets de zoom sur des détails de végétaux, un tronc, les nervures d’une feuille, les réflexions métaphysiques autour de la vanité de la vie moderne, les formes poétiques proches du haïku induisent un rythme particulier à ce roman en forme de journal intime ou de carnet de croquis. Tout y est pictural. Tout y est musical jusqu’au tintement minéral. Les silences qui le traversent, le ponctuent. Les lumières, les couleurs qui tour à tour le solarisent, l’atténuent, exacerbent les clairs-obscurs et les pénombres. Gyrdir Eliasson, né à Reykjavik en 1963 est l’auteur d’une dizaine de recueils de poésie, de cinq romans dont deux seulement traduits en français. « TOUT AU FOND DE LA VALLÉE, la cascade scintille dans la lumière du matin en se jetant dans une étroite ravine. »

Dominique Aussenac

Au bord de la Sandá, de Gyrdir Eliasson
Traduit de l’islandais par Catherine
Eyjolfsson, La Peuplade, 159 pages, 18

Au nord de Van Gogh Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
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