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Domaine français La vie devant eux

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Thierry Cecille

Avec une émouvante délicatesse, Alexis Potschke se fait l’ethnologue d’une tribu surprenante : les collégiens.

Rappeler les enfants

Dn ces temps de contre-vérités réitérées sur notre système éducatif, il est salvateur d’entendre une voix qui sait, elle, de quoi elle parle. Alexis Potschke est un jeune professeur de français nommé dans un collège d’une de ces banlieues qui, pour certains lecteurs, sont aussi exotiques qu’une peuplade amazonienne et, pour d’autres, amers nostalgiques, feraient partie de ces territoires perdus d’une République qui ne saurait plus rien leur enseigner. De tels récits, nous en avons lu déjà : au constat quelque peu condescendant et superficiel de François Bégaudeau dans Entre les murs, nous avouerons préférer les pages bien plus perspicaces et empathiques à la fois de Jeanne Bénameur dans Présent ? Alexis Potschke sait lui aussi se tenir à la bonne distance et observer, avec une véritable humanité, non sans tristesse parfois, mais le plus souvent avec une sorte d’étonnement, pour ne pas dire d’émerveillement, tout ce que lui offre ce métier, qu’il exerce sans doute avec conviction et sagacité.
La construction du livre fait se succéder des portraits, des réflexions ou souvenirs du narrateur, mais surtout des scènes, plus ou moins théâtrales, des dialogues – des élèves entre eux, du professeur avec les élèves ou avec leurs parents. Quand ces derniers sont convoqués, il leur faut venir, plus ou moins bien disposés, rencontrer ceux à qui on a confié la tâche d’escorter leurs enfants dans ce périlleux passage de l’enfance à l’adolescence, durant ces quatre années qui pour les uns seront une épreuve pénible ou initiatique, pour les autres comme un long jour infiniment recommencé d’ennui et d’incompréhension. À ce père marocain qui n’accepte pas ce qu’il juge être le laxisme coupable d’un système qu’il méprise et s’écrie : « Cet établissement, c’est n’importe quoi !  » répond la surprise admirative d’une mère qui apprend que sa fille est bien meilleure élève qu’elle ne le croyait : « C’est toi qui as fait ça ? ». Le professeur, alors, se retire discrètement : « Lorsqu’elle a redressé la tête, elle a croisé le regard de sa fille, qui a louché pour s’amuser ; alors ils sont restés accrochés l’un à l’autre, leurs regards, et moi je suis parti rapidement pour laisser la mère de Nour redécouvrir sa fille ».
Bien entendu ce sont ces enfadolesscents qui sont au premier plan – et Alexis Potschke invente, pour les cerner, les discerner au plus près, au plus juste, une langue faussement naïve, souvent drôle, surprenante, qui n’est pas sans rappeler celle du Momo imaginé par Gary/Ajar dans La Vie devant soi – et qui fait écho aux propos des élèves eux-mêmes, souvent décalés, provocateurs ou suggestifs. Observons Fatima : « Elle a de longs cheveux noirs un peu désordonnés qui mordent sur ses joues et une tête de petite fille : on dirait à la voir que l’adolescence moustique l’a piquée par endroits et lui a laissé des marques à d’autres où l’enfance tarde à refluer ». Mêlons-nous aux rangs serrés des élèves lors de la minute de silence pour les victimes des attentats de novembre 2015 : « Le vent ne soufflait pas et pourtant la cour avait quelque chose d’un front de mer ; peut-être parce que tout le monde relevait la tête avec le regard un peu plissé comme pour lui faire face. Les élèves regardaient devant eux et les professeurs regardaient les élèves  ». Dans ces classes, il y a bien sûr des jeunes filles éclatantes et des garçons trop timides, il y a ceux qui comprennent très vite et ceux dont le cerveau bégaie : « Yildiz est sûre d’elle comme un roi de la monarchie » alors que Rachida est si transparente qu’ « on ne remarque pas qu’on ne la remarque pas  ». Alexis Potschke a appris que le métier d’enseigner n’est ni un sacerdoce ni une sinécure, mais une mission ; nul doute qu’il continuera à se battre avec et pour les élèves – même si, pour beaucoup d’entre eux, « ça a l’air de faire mal de plonger dans un livre quand on nage mal le français ».
Thierry Cecille

Rappeler les enfants, d’Alexis Potschke
Seuil, 316 pages, 19

La vie devant eux Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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