La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Le sexe des anges

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Dominique Aussenac

Par une fresque amère et délicate, l’écrivain grec Mènis Koumandarèas (1931-2014) relate une initiation équivoque.

L’ambiguïté est-elle l’apanage des anges ? L’ambiguïté peut-elle définir cette étrange période que l’on nomme adolescence ? L’ambiguïté a-t-elle massacré Pasolini et Mènis Koumandarèas ? Si les assassins du premier n’ont jamais été identifiés, Koumandarèas désignera le sien post mortem dans un de ses ouvrages : un jeune Roumain à qui il prêtait occasionnellement de l’argent.
Issu de la bonne société athénienne, considéré comme un des plus grands écrivains grecs du XXe siècle, il est très tôt fasciné par le peuple, ses figures marginales, les perdants, les voyous. Né au cœur d’Athènes, dans un appartement et un quartier qui hanteront toute son œuvre, il suit des études de philosophie, droit et théâtre sans obtenir de diplôme. Pratique le journalisme, travaille dans les assurances avant de se consacrer à l’écriture et la traduction d’Hermann Hesse, Carson McCullers, William Faulkner, Lewis Carroll, Georg Büchner.
Peu après La Femme du métro (Quidam, 2010), juste avant Le Beau Capitaine (Quidam, 2011), Mauvais anges publié en 1981 est un promontoire conséquent entre « deux sommets  » sur une quinzaine d’ouvrages, selon son traducteur Michel Volkovitch. Il accueille dix nouvelles qui s’interconnectent et assurent une unité que la dernière scelle de manière fantastique. Y surgissent les mêmes personnages. Ils évoluent dans un temps qui correspond à l’adolescence du narrateur jamais nommé. Tandis que l’auteur, faucon crécerelle en surplomb semble se jouer du réel et de l’imaginaire. La construction, la patine en font une œuvre de fiction singulière.
De 1945 à 1950 la Grèce exsangue après l’occupation allemande, vit une guerre civile opposant dans les montagnes résistants communistes et gouvernement. Les prémices de la Guerre froide. Après une enfance protégée, le narrateur découvre un univers qui vacille. « (…) quelque chose de terrible s’était passé dans le monde alors que je jouais, enfant insouciant, dans le Parc.  » Il rencontre des êtres qui survivent, vibrionnent, s’enfoncent dans des univers obscurs, suscitent ses premiers émois, ses questionnements sur son orientation sexuelle, sa bisexualité. Dans cet espace en train de muer architecturalement, socialement, la place Kiriako, près de celle d’Omonia, l’équivalent de Pigalle, axe une carte du Tendre, un réseau d’avenues, de ruelles, d’appartements bourgeois et de bas-fonds. Sous terre le métro irradie vers des endroits encore plus ténébreux, improbables. On y piétine, se frôle, se poursuit, s’épie énormément. Sous le regard d’un narrateur à la fois acteur et témoin, pris entre interdits et désirs coupables, neuf personnages profilent leurs ombres lumineuses. Séraphin, troufion rose et dodu, dans son camion « emmenait les soldats comme des moutons au massacre ». Il se transformera en hiératique poinçonneur du métro. Un concierge marxiste peu amène. Le prof de gym amateur de jeunes garçons. Des femmes diaphanes, mûres, attirantes. L’épouse du docteur Astikanàkis, « belle infidèle échappée de pages de Flaubert ou de Tolstoï  ». Clémence, infirmière qui tisse une toile d’amour en raccordant tous les patients de la place. L’étrange Juive sans nom, rencontrée tous les dimanches au concert, finit à l’asile. Obligée de passer sous la douche, elle se débat. « Il a fallu la forcer, et quand on l’a déshabillée, on a trouvé sur son bras un numéro à cinq chiffres ». Toute en contraste, réaliste et onirique, l’écriture fluide, sensible délivre une joie mélancolique, vive, létale, cerne magistralement les feux et les glaces d’un temps révolu. « Ce que je cherche, c’est certaines présences, l’innocence d’une époque disparue, bonne ou mauvaise, que l’on commémore aujourd’hui. Car nous avons bien souffert depuis, et bien des rêves sont tombés en cendres. »
Dominique Aussenac

Mauvais anges, de Mènis Koumandarèas
Traduit du grec par Michel Volkovitch,
Quidam, 236 pages, 20

Le sexe des anges Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
LMDA papier n°204
6.50 €
LMDA PDF n°204
4.00 €