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Poésie Un verger à soi

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Emmanuelle Rodrigues

À la faveur d’une année à observer la nature, Cédric Le Penven confronte labeur poétique et travail de la terre, autant d’habileté que de patience.

Né en 1980, Cédric Le Penven vit et enseigne dans le Sud-Ouest. Spécialiste de l’œuvre poétique de Thierry Metz, il a également reçu le prix Voronca pour Elle, le givre en 2004 et le prix Yvan Goll pour Nuit de peu en 2016. Le titre donné à cet ensemble, se réfère bien au verger constitué par celui qui s’exprime ici à la première personne, se met en scène, et relate ses souvenirs d’enfance à la ferme de ses grands-parents ainsi que les étés de sa jeunesse consacrée à la cueillette des cerises. Ces confidences faites au lecteur mettent en évidence une quête tournée vers ses origines paysannes, une part de soi avec laquelle se réconcilier. Ce travail d’introspection procède d’une lente maturation et en observer les étapes, y revenir sans cesse, permet de s’en départir. Ainsi, nous est-il dit, « une blessure n’est jamais aussi belle qu’à l’air libre ».
Durant une année, l’écrivain jardinier se consacre à l’observation de sa tâche : cultiver des arbres exige temps, attention et patience et ne s’improvise pas. D’ailleurs, le labeur est ici commun au fait de vivre et d’écrire. Il s’agira alors de guetter et de savoir saisir ces instants privilégiés propices à l’écriture, et d’accueillir les états intermédiaires entre le sommeil et la veille, faisant affleurer avec plus d’intensité les affects les plus enfouis. Ce verger condense espoirs et déceptions, promesses et ratages, péripéties d’un quotidien rythmé par une vie active intense et des temps de silence, ceux-là même que les heures dédiées à l’entretien des arbres permettent, mais aussi ces moments de repos que la nuit laisse advenir. C’est alors dans la chambre close l’occasion de saisir enfin les instants de lucidité : « cinq heures du matin, je suis éveillé, encore / (…) j’ai le crâne si poreux que tout ce qui dehors halète, rêve et respire dans les buissons épineux, sous les tas de bois, dans le foin gris et mat des granges abandonnées, converge dans ce refuge exigu / (…) et le jour, déjà, exige ». C’est là une ouverture qui s’opère au sein même d’un espace ambivalent. Le locuteur apprivoise ses états intérieurs, la résurgence de ses inquiétudes, et nous convie à l’écoute de cette douce parole qui est la sienne, faisant réapparaître dans ce théâtre intime les figures d’un double, l’enfant qu’il a été, l’homme qu’il est devenu, faisant entendre aussi une part de mélancolie : « je trace des lignes invisibles dans le verger. (…) / tout un périmètre d’inquiétudes et de marmonnements où croissent des racines et chahute un crâne / je marche dehors en pleine nuit parce qu’il y a trop à faire à l’intérieur ». Tout geste vaut plus qu’un simple signe, il y a le sentiment d’être soi, la nécessité de maintenir un juste équilibre entre le dedans et le dehors, d’œuvrer sans doute pleinement. Car ce qui se distille au fil de ces pages, c’est bel et bien tout à la fois l’événement et l’attente patiente qu’il impose, ce silence qui dure et qu’il faut rompre, cette secrète élaboration qu’il faut mettre au jour, toute « une alchimie ordinaire : ni boue, ni or ».
Emmanuelle Rodrigues

Verger, de Cédric Le Penven
Éditions Unes, 80 pages, 16

Un verger à soi Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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