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juillet 2019 | Le Matricule des Anges n°205 | par Franck Mannoni

Solitude, doute, fragilité et questionnement définissent l’univers intimiste d’Anita Pittoni (1901-1982), auteure triestine d’une prose poétique envoûtante.

Confession téméraire

Dans les années 1930, Anita Pittoni acquiert une belle réputation en Italie dans le domaine des arts textiles où elle excelle. En 1930, elle crée des costumes pour L’Opéra de quat’sous de Brecht et Kurt Weill, mis en scène à Milan. Elle participe également à la Biennale de Venise en 1934 et 1942. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’elle se lance dans une aventure complémentaire, littéraire cette fois, et crée les éditions du Zibaldone. Son ambition est claire : « faire renaître sur le vif l’histoire de cette partie orientale de l’Italie ouverte sur l’Europe ». Deux textes en fin de Confession téméraire racontent les liens d’amitié qui unissaient Anita Pittoni à ses auteurs. Dans « Cher Saba », Pittoni rapporte sa relation complexe avec le poète triestin. Pour que paraisse le recueil Les Oiseaux (1950), elle n’hésite pas à céder aux caprices angoissés de l’auteur. Sombre et émouvant, « La Cité de Bobbi » rend hommage à Roberto Bazlen, collaborateur de premier ordre des éditions Enaudi et Bompiani. Bazlen a soutenu les publications de Robert Musil et de Witold Gombrowicz. Il fait lui aussi partie du paysage intellectuel de Trieste cher à l’éditrice.
C’est toutefois son style précis et subtil qui donne à l’œuvre d’Anita Pittoni sa spécificité expressionniste. Les textes réunis au début de Confession téméraire mêlent les émotions au monde étheré des idées. De courts récits placent la narratrice au cœur d’une cité fantasmagorique, qui confine au fantastique ou à l’absurde. Ruptures logiques, sauts dans le temps, atmosphères irréelles, le décalage est omniprésent : « Il me semble que tout le monde marche à pied, puis soudain je m’aperçois que nous sommes assis, deux par deux ». Dans « L’Accusation », un médecin est accusé injustement par un confrère arriviste et risque le renvoi. « Le Repos du jeudi » montre une femme éprise de solitude qui se découvre épiée par sa voisine grâce un trou creusé dans son plafond. À l’angoisse et au chagrin qui transparaissent de ces pages répond l’énergie du philosophe Nietzsche, érigé en maître à penser. Il s’agit de se jeter dans la vie, de s’arracher du savoir, d’accumuler de nouvelles expériences. « Les Saisons » contrebalance la crainte du gouffre évoquée précédemment. Entre deux absolus, l’immobilisme et le mouvement perpétuel, Anita Pittoni semble hésiter. « Les plus beaux moments sont ceux que je passe avec cet homme silencieux dans une parfaite solitude ». À l’écoute des sentiments, elle dépasse dans un très beau texte, « Le Sommeil », l’impression d’abandon d’une mère, qui apprend que son fils est amoureux. Son champ lexical s’illumine avec ces révélations. Dans une certaine forme de quiétude, tous les âges de la vie sont réconciliés et l’œuvre elle-même se sublime : « Il ne restera de mon travail qu’un parfum ».

Franck Mannoni

Confession téméraire, d’Anita Pittoni
Traduit de l’italien par Marie Périer
et Valérie Barranger, La Baconnière,
216 pages, 20

Nous autres, ici-bas Par Franck Mannoni
Le Matricule des Anges n°205 , juillet 2019.
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